Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les combats connaissent une nouvelle montée de tension. Dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, notamment autour de Minembwe, Point Zéro, Mukoko, Rugezi et Gipimo, des affrontements et des bombardements sont signalés depuis plusieurs jours entre les forces pro-gouvernementales et les combattants liés à l’AFC/M23 et à Twirwaneho. Des sources associées au M23 affirment que des drones d’attaque ont été utilisés contre plusieurs positions.
Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, accuse directement Kinshasa d’avoir intensifié les opérations aériennes. Dans une déclaration récente consacrée à la situation à Minembwe, il affirme que les populations civiles sont prises au piège d’un blocus et d’attaques qu’il attribue aux forces gouvernementales. Il appelle notamment à l’ouverture de corridors humanitaires et interpelle le président burundais Évariste Ndayishimiye, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine. Ces accusations émanent de Nangaa et n’ont pas été établies indépendamment dans leur totalité.
Sur le terrain, les versions des deux camps restent diamétralement opposées. Les FARDC affirment mener des opérations pour contenir les forces de l’AFC/M23 et leurs alliés, tandis que le mouvement rebelle présente les mêmes opérations comme des offensives visant ses positions et les populations des zones sous son contrôle. Le 16 septembre, l’armée congolaise annonçait notamment avoir neutralisé quatre personnes présentées comme des membres des forces spéciales rwandaises à Fizi et faisait état de la reddition de quatorze combattants présentés comme appartenant au M23 et à Twirwaneho.
L’utilisation des drones n’est cependant pas un phénomène nouveau dans cette guerre. Depuis plusieurs mois, les deux camps ont recours à ces appareils, transformant progressivement le conflit en une confrontation où les frappes aériennes jouent un rôle croissant. En janvier, une frappe attribuée aux FARDC à Masisi-Centre avait fait plusieurs victimes civiles selon des sources locales, tandis qu’en mars, des drones avaient frappé Goma, provoquant notamment la mort d’une travailleuse humanitaire française de l’UNICEF.
La question de la protection des civils demeure donc au cœur des inquiétudes. En mai, une frappe attribuée aux FARDC avait également touché le marché de Mushaki, dans le territoire de Masisi, avec un bilan faisant état de nombreux morts et blessés selon les sources locales. L’AFC/M23 avait dénoncé un « massacre de civils », tandis que Kinshasa présente ses opérations militaires dans le cadre de la lutte contre les groupes armés. Ces épisodes illustrent la difficulté de distinguer, dans certaines zones de combat, les objectifs militaires des espaces fréquentés par les populations.
Cette nouvelle escalade intervient alors que les efforts diplomatiques se poursuivent parallèlement. Le 17 septembre, Corneille Nangaa et des responsables de l’AFC/M23 ont rencontré à Bukavu Damien Mama, représentant spécial adjoint du secrétaire général de l’ONU et coordonnateur humanitaire en RDC, principalement autour de l’accès humanitaire aux populations. La poursuite des combats et des frappes de drones, au moment même où les médiations cherchent à maintenir un cadre de dialogue, illustre la fragilité du processus de désescalade dans l’Est congolais.
La Rédaction
