L’organisation congolaise de défense des droits de l’homme, Justicia Asbl, a exprimé de profondes inquiétudes suite à l’annonce du Ministère de la Communication et des Médias concernant la mise en place d’un dispositif d’accueil temporaire pour les ressortissants de pays tiers, en particulier ceux refoulés des États-Unis. Dans un contexte où la gestion des migrations est de plus en plus complexe, cette initiative suscite des interrogations.
Dans une lettre ouverte datée du 5 avril et rendue officielle ce lundi 6 avril 2026, adressée au Président de la République Démocratique du Congo, Justicia Asbl insiste sur la nécessité d’une approche réfléchie et inclusive avant d’engager des accords de cette nature. L’organisation rappelle que la RDC a historiquement fait preuve d’hospitalité, notamment après le génocide rwandais de 1994. Cependant, elle souligne l’absence de mesures adéquates pour soutenir ces populations, ce qui a eu des conséquences néfastes au fil des ans.
L’organisation estime que des décisions d’une telle ampleur devraient être prises en consultation avec les représentants du peuple, y compris les députés et les sénateurs, et après un débat public impliquant l’ensemble de la société. Elle déplore la précipitation avec laquelle ces mesures ont été annoncées, sans que la population ne soit correctement informée des détails des accords, de leur mise en œuvre et de leurs potentielles répercussions.
Le communiqué gouvernemental reste muet sur la nationalité des refoulés et leur lien avec la RDC. « Pourquoi les États-Unis ne gèrent-ils pas ces personnes sur leur sol, ou ne les renvoient-ils pas dans leur pays d’origine ? » s’interroge Justicia Asbl. L’organisation s’inquiète également du risque que la RDC soit perçue comme un « dépotoir » pour des personnes indésirables, insistant sur le fait que le pays ne doit pas être considéré comme une solution à la crise migratoire mondiale.
Justicia Asbl rappelle que la République Démocratique du Congo fait face à des défis internes majeurs, notamment la gestion de plus de 15 millions de déplacés internes vivant dans des conditions précaires, en grande partie à cause des conflits armés dans l’Est du pays. Elle appelle donc le gouvernement à prioriser l’assistance à ces populations vulnérables avant d’envisager l’accueil de personnes venant d’autres pays.
Justicia Asbl exhorte le gouvernement congolais à reconsidérer ces accords jugés non prioritaires et potentiellement nuisibles pour la population. L’organisation invite également la société civile à se mobiliser afin de contrecarrer cette initiative qu’elle juge inopportune.
Loss-Adonis Ngoyi
