Longtemps considérée comme la femme la plus riche d’Afrique, Isabel dos Santos est engagée depuis plusieurs années dans un bras de fer judiciaire avec l’État angolais. Ces derniers mois, plusieurs décisions de justice rendues au Portugal et dans d’autres juridictions ont été interprétées comme des victoires partielles pour Isabel dos Santos, même si les procédures qui la visent sont loin d’être terminées.

Fille aînée de José Eduardo dos Santos, Isabel dos Santos a grandi dans l’ombre du pouvoir. Pendant les trente-huit années de règne de son père, elle bâtit progressivement un empire économique couvrant les télécommunications, la banque, l’énergie, la distribution et les médias, en Angola comme au Portugal.

Au sommet de son influence, elle est nommée en 2016 à la tête de Sonangol, le géant pétrolier public angolais. Cette nomination renforce alors les critiques de ceux qui dénoncent l’emprise de la famille présidentielle sur les secteurs stratégiques de l’économie nationale.

L’équilibre bascule en 2017 avec l’arrivée au pouvoir de João Lourenço. Le nouveau chef de l’État fait de la lutte contre la corruption l’un des piliers de son mandat et entreprend de réduire l’influence politique et économique du clan Dos Santos. Isabel est rapidement écartée de Sonangol et plusieurs enquêtes sont ouvertes sur ses activités.

Le dossier prend une dimension internationale en janvier 2020 avec les révélations des « Luanda Leaks ». Cette enquête collaborative fondée sur des centaines de milliers de documents met en lumière des mécanismes financiers complexes qui auraient permis à Isabel dos Santos et à ses associés de bénéficier de contrats publics et de transferts de fonds contestés.

L’intéressée a toujours rejeté ces accusations. Selon elle, les poursuites engagées contre sa personne s’inscrivent dans une campagne politique visant à effacer l’héritage de son père et à neutraliser ses intérêts économiques. Depuis l’étranger, notamment à Dubaï, elle mène sa défense sur plusieurs fronts judiciaires.

À la suite des demandes formulées par les autorités angolaises, plusieurs pays ont coopéré aux enquêtes. Des comptes bancaires, des participations dans des entreprises et d’autres actifs ont été gelés, notamment au Portugal, où Isabel dos Santos détenait d’importants investissements.

Cependant, la stratégie judiciaire de Luanda a rencontré certains obstacles. Plusieurs recours introduits par les avocats de la femme d’affaires ont abouti à des décisions favorables, tandis que certaines accusations initialement retenues ont été écartées ou requalifiées par les tribunaux.

Au Portugal, des décisions récentes ont été perçues comme un encouragement pour sa défense. Certaines juridictions ont souligné les difficultés rencontrées par les créanciers et les autorités pour identifier ou saisir des actifs lui appartenant directement. Ces décisions ne constituent pas un acquittement, mais elles fragilisent certains volets des démarches engagées contre elle.
Près de dix ans après la fin du règne de son père, Isabel dos Santos demeure une figure centrale des débats sur la gouvernance et la corruption en Angola.

Pour ses détracteurs, elle incarne les privilèges accumulés durant l’ère Dos Santos. Pour ses partisans, elle est devenue le symbole d’un affrontement politique avec le pouvoir actuel. Une chose est certaine : la bataille judiciaire est encore loin d’avoir livré son verdict final.

La Rédaction