La province de l’Ituri est restée, au cours du premier trimestre 2026, l’un des principaux épicentres de l’insécurité en République démocratique du Congo. Malgré quelques avancées enregistrées dans les efforts de pacification, les violences armées, les déplacements massifs de populations et la faiblesse de l’assistance humanitaire continuent d’alimenter une crise multidimensionnelle dans plusieurs territoires de la province.

Dans sa revue trimestrielle publiée à Bunia, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) dresse un tableau préoccupant de la situation sécuritaire dans les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa. L’activisme simultané de plusieurs groupes armés, notamment la CODECO, les groupes d’auto-défense Zaïre, la CRP, les ADF ainsi que d’autres factions locales, continue d’entretenir un cycle de violences récurrentes aux conséquences dramatiques pour les populations civiles.

Les femmes et les enfants vivant dans les sites de déplacés figurent parmi les principales victimes de cette détérioration sécuritaire. Les violences ciblées contre les communautés se sont intensifiées au cours des trois premiers mois de l’année, tandis que les opérations militaires menées par les FARDC, parfois avec l’appui de forces étrangères et de la MONUSCO, ont davantage complexifié l’environnement de protection.

Cette insécurité persistante a entraîné de nouveaux déplacements massifs de populations, accentuant la pression sur les sites de déplacés déjà surpeuplés ainsi que sur les familles d’accueil, elles-mêmes fragilisées par des conditions socio-économiques précaires. Dans plusieurs zones affectées, l’accès à l’eau potable, à la nourriture et aux services sociaux de base demeure extrêmement limité, aggravant la vulnérabilité des communautés déplacées, particulièrement dans le territoire de Djugu.

Malgré ce contexte alarmant, certaines initiatives de stabilisation ont permis d’enregistrer des avancées ponctuelles. La mission de pacification conduite par les autorités provinciales dans le territoire de Djugu a notamment favorisé une baisse relative des affrontements dans certaines localités et conduit à la reddition de plusieurs combattants, accompagnée de remises volontaires d’armes.

Le rapport souligne également le rôle joué par les forces de la MONUSCO aux côtés des FARDC dans la sécurisation de plusieurs sites de personnes déplacées. Une présence perçue par de nombreuses communautés comme un facteur essentiel de protection physique et de stabilisation locale.
Face aux restrictions d’accès imposées par l’insécurité, le Bureau de terrain de Bunia (BTB) a adapté ses stratégies d’intervention en privilégiant des approches plus flexibles, notamment le monitoring à distance, le renforcement des réseaux communautaires et la collaboration étroite avec les acteurs institutionnels ainsi que les organisations de la société civile.

Aligné sur les priorités stratégiques du BCNUDH pour l’année 2026 notamment la protection des civils, la lutte contre l’impunité et l’appui institutionnel le Bureau a poursuivi ses efforts dans la documentation des violations des droits humains et du droit international humanitaire, tout en soutenant les mécanismes judiciaires et le renforcement des capacités des acteurs locaux.

Parmi les principales actions menées durant cette période figurent plusieurs missions conjointes de monitoring des lieux de détention, notamment au commissariat de police et à la prison centrale de Gety, situés dans la chefferie des Walendu Bindi, en territoire d’Irumu. Ces missions ont réuni le BCNUDH, la Section justice et système pénitentiaire (JSS), l’UNPOL, la MONUSCO, les magistrats du parquet de grande instance de Bunia, l’Inspection générale de la Police nationale congolaise ainsi que des organisations de la société civile.

Des échanges ont également été organisés entre la direction adjointe du BCNUDH, accompagnée de l’équipe du Bureau de terrain de Bunia, et les déplacés internes des sites de Kasenyi et Nyamusasi afin d’évaluer les besoins de protection et les préoccupations humanitaires des populations affectées.

Pour les prochains mois, le Bureau de terrain de Bunia prévoit de renforcer davantage le monitoring à distance dans les zones difficiles d’accès, de consolider ses partenariats avec les organisations de la société civile, notamment le RADHIT, et de former de nouveaux points focaux communautaires afin d’améliorer la collecte des données et la réactivité face aux violations des droits humains.

Au-delà des contraintes opérationnelles, cette revue trimestrielle met en évidence une réalité désormais centrale en Ituri : dans un environnement marqué par l’instabilité et les restrictions d’accès, l’efficacité des mécanismes de protection repose de plus en plus sur la capacité des acteurs à maintenir des relais communautaires solides, à structurer l’information et à préserver des chaînes de protection actives au plus près des populations vulnérables.

Don de Dieu Mbavu