Redonner à Kinshasa un visage plus propre et plus digne d’une grande métropole : c’est l’objectif de la Task Force chargée de l’assainissement, placée sous la coordination du lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national. Créée à l’initiative du président Félix Tshisekedi, cette structure doit notamment s’attaquer aux principaux points d’insalubrité et faire respecter les règles de civisme environnemental.

Depuis le déploiement des équipes sur les grandes artères, les « bâtisseurs de la nation » sont visibles dans plusieurs quartiers de la capitale. Curage des caniveaux, évacuation des déchets, nettoyage des emprises publiques et dégagement de certains espaces occupés anarchiquement figurent parmi leurs missions. Le 15 juillet, les opérations ont notamment débuté à la place Pascal, dans la commune de Masina, avant de s’étendre à d’autres axes, dont le boulevard Lumumba.

Ces travailleurs du Service national sont, pour beaucoup, d’anciens « Kuluna », ces jeunes autrefois impliqués dans la délinquance urbaine et rééduqués puis formés au centre de Kaniama Kasese. Plus de 4 000 bâtisseurs avaient été annoncés pour participer à l’assainissement de Kinshasa. Pour les autorités, l’opération traduit aussi la volonté de transformer d’anciens délinquants en acteurs de la reconstruction de la capitale.

L’initiative reçoit des réactions positives de nombreux Kinois. Les changements observés sur certains sites, notamment à la place Pascal, sont salués par des habitants qui souhaitent retrouver des rues propres, des caniveaux dégagés et des espaces publics accessibles. Lors de sa visite du 17 juillet, Félix Tshisekedi avait lui-même constaté l’avancement des travaux et relevé la mobilisation des habitants venus soutenir l’opération.

Mais derrière ces résultats visibles se pose la question de la méthode. Des comportements jugés excessifs de certains bâtisseurs ont suscité des inquiétudes. Face aux personnes qui continuent de jeter des déchets ou de ne pas respecter les consignes, des interventions musclées ont été rapportées, alimentant la controverse sur les limites de l’action de ces agents. Le commandement du Service national a d’ailleurs rapidement rappelé ses éléments à l’ordre.

Le lieutenant-général Kasongo Kabwik a été particulièrement ferme sur ce point. Lors d’une causerie morale avec ses équipes, il a interdit toute tracasserie ou violence contre la population et rappelé que leur mission est l’assainissement, et non l’arrestation ou la punition des citoyens. Cette mise au point montre que les autorités veulent obtenir des résultats sur le terrain tout en évitant que la recherche de discipline urbaine ne se transforme en abus.

Au-delà du nettoyage des rues, cette opération pose donc une question essentielle : comment imposer durablement la salubrité sans opposer l’autorité publique à la population ? La Task Force dispose désormais d’un mandat clair, d’équipes déployées et d’une forte visibilité. Son véritable défi sera de maintenir les résultats dans le temps, mais aussi de faire respecter les règles avec fermeté, sans violences ni tracasseries, afin que la reconquête de Kinshasa ne soit pas seulement une opération ponctuelle, mais un changement durable des comportements.

 

La Rédaction