Depuis plus d’une année, le gouvernement provincial de Kinshasa, dirigé par le gouverneur Daniel Bumba, mène une vaste campagne de démolition des constructions érigées de manière irrégulière dans plusieurs communes de la capitale.
Cette opération a permis de récupérer des emprises publiques, de libérer plusieurs routes et avenues, de désengorger les canaux d’évacuation des eaux pluviales et de réaffirmer l’autorité de l’État en matière d’urbanisme. Sur le terrain, les résultats sont visibles et traduisent la volonté des autorités de remettre de l’ordre dans l’aménagement de la ville.
Cependant, derrière ces avancées se cache une réalité sociale préoccupante. Des centaines de propriétaires ont vu leurs habitations rasées, se retrouvant sans logement et, pour beaucoup, sans perspective de relogement ou de compensation.
Pour nombre d’entre eux, ces maisons représentaient le fruit de plusieurs décennies de travail, d’économies et de sacrifices. Elles constituaient leur principal patrimoine, parfois l’unique héritage destiné à leurs enfants. En quelques heures, des investissements de toute une vie ont disparu, plongeant de nombreuses familles dans une profonde incertitude.
Une interrogation demeure : avant le lancement de ces démolitions, les autorités ont-elles procédé à un recensement exhaustif des propriétaires et occupants concernés ? Une telle démarche aurait permis d’identifier les personnes affectées, d’évaluer l’ampleur des préjudices subis et d’envisager, lorsque la loi le prévoit, des mesures d’accompagnement adaptées.
Le rétablissement de l’ordre urbain est une nécessité pour une métropole en pleine expansion comme Kinshasa. Toutefois, cette mission ne devrait pas occulter sa dimension humaine. Les populations qui ont tout perdu attendent des réponses concrètes de la part des pouvoirs publics.
Un examen individuel des dossiers, des mécanismes d’indemnisation lorsqu’ils sont prévus par la législation, des solutions de relogement ou d’autres formes d’assistance pourraient contribuer à atténuer les conséquences sociales de cette opération.
Construire une ville moderne ne consiste pas uniquement à récupérer les emprises publiques et à faire respecter les normes urbanistiques. Cela implique également de garantir que les citoyens affectés ne soient pas abandonnés à leur sort. Une politique d’urbanisme crédible et durable doit trouver un équilibre entre le respect de la loi, la défense de l’intérêt général et la protection de la dignité des personnes concernées.
Don de Dieu Mbavu
Grael Vangu Vangu
