À Kinshasa, le gouvernement provincial veut renforcer l’identification des conducteurs et mieux encadrer le transport urbain. Au cœur de cette réforme, le ministre provincial des Transports et Mobilité urbaine, Jésus-Noël Sheke, défend un dispositif destiné à permettre aux autorités et aux usagers de mieux identifier les chauffeurs et les véhicules opérant dans la capitale. Dès mars 2026, il avait annoncé que tout chauffeur devait disposer d’une carte professionnelle et que les véhicules seraient identifiés et géolocalisés.
Pour le ministre, cette réforme répond notamment à une préoccupation sécuritaire. Kinshasa fait face à des cas d’enlèvements impliquant, selon les autorités, des véhicules utilisés comme moyens de transport. Le dispositif prévoit donc une meilleure traçabilité : identification formelle des véhicules, QR code sécurisé et interconnexion des plateformes VTC avec l’Agence provinciale de développement du numérique pour permettre la géolocalisation en temps réel. Jésus-Noël Sheke avait prévenu que les chauffeurs ne disposant pas de la carte exigée s’exposeraient à des sanctions administratives et pénales.
Mais sur le terrain, la réforme suscite aussi des interrogations. Certains chauffeurs craignent que l’identification supplémentaire ne se transforme en nouvelle source de contrôles et de tracasseries, alors que le secteur est déjà confronté à de nombreuses obligations administratives. En juin, l’Association des chauffeurs du Congo avait d’ailleurs indiqué avoir rencontré le ministre pour lui présenter plusieurs revendications et attendait des réponses aux préoccupations des conducteurs.
La controverse s’est encore accentuée autour des nouvelles mesures de réglementation du transport. Une publication de ce 18 août 2026 rapporte que des chauffeurs dénoncent une « arnaque » derrière l’imposition de nouvelles plaques aux véhicules de transport en commun. Cette réaction illustre une inquiétude plus large : certains professionnels redoutent que les réformes, au lieu de simplifier le secteur, entraînent de nouveaux frais et davantage de contrôles.
Du côté des usagers, les avis sont partagés. Une partie de la population peut voir dans l’identification des chauffeurs un moyen de renforcer la sécurité, notamment dans les taxis et VTC, et de faciliter les recherches en cas d’incident. Mais d’autres Kinois s’interrogent sur l’efficacité réelle du dispositif : une carte, un QR code ou une plaque supplémentaire ne suffiront pas, selon cette lecture, si les contrôles ne sont pas transparents et si les abus sur les routes persistent. L’enjeu est donc de rassurer les passagers sans pénaliser davantage les conducteurs.
Au-delà de la carte elle-même, c’est donc la modernisation du transport urbain à Kinshasa qui se joue.
Pour Jésus-Noël Sheke, l’objectif affiché est de mieux organiser le secteur et de renforcer la sécurité. Pour les chauffeurs, la priorité est que cette réforme ne devienne pas une nouvelle charge financière ou administrative. Entre impératif de sécurité, besoin de traçabilité et crainte des tracasseries, la mise en œuvre de cette carte sera particulièrement scrutée par les Kinois et les professionnels du transport.
La Rédaction
