À partir du 29 juillet, les autorités de la République démocratique du Congo envisagent de sanctionner par des coups de fouet toute personne surprise en train de jeter ou d’abandonner des déchets sur la voie publique. Cette annonce, qui se veut une réponse énergique face à l’insalubrité grandissante, divise déjà l’opinion. Si l’objectif de rendre les villes plus propres est largement partagé, la méthode choisie soulève une question fondamentale : le fouet peut-il réellement changer les comportements ou ne produit-il qu’une obéissance temporaire fondée sur la peur ?
L’insalubrité est devenue un véritable défi de santé publique. Elle favorise les maladies, dégrade le cadre de vie et donne de nos villes une image peu reluisante. Face à cette réalité, l’État est dans son rôle lorsqu’il cherche à imposer davantage de discipline. Mais une politique publique ne se mesure pas seulement à la sévérité des sanctions. Elle se juge aussi à sa capacité à résoudre durablement le problème qu’elle combat.
Le premier obstacle réside dans les conditions offertes à la population. Dans de nombreuses villes congolaises, les poubelles publiques sont rares, parfois inexistantes. Les services de collecte des déchets restent insuffisants et les campagnes de sensibilisation demeurent limitées.
Dans plusieurs quartiers, les habitants n’ont tout simplement pas accès à un système organisé d’évacuation des ordures. Dans ces conditions, comment exiger le respect d’une règle lorsque les moyens de s’y conformer font défaut ?Au-delà des infrastructures, la question du fouet mérite une réflexion plus profonde. Une sanction physique peut dissuader certains citoyens par crainte d’être punis. Mais la peur modifie rarement les convictions. Elle pousse souvent à éviter la sanction plutôt qu’à adopter durablement un comportement responsable. Dès que le contrôle disparaît, les anciennes habitudes réapparaissent.
L’histoire montre que les sociétés qui ont durablement amélioré la propreté de leurs espaces publics ne l’ont pas fait uniquement grâce à la répression.
Elles y sont parvenues en développant une véritable conscience collective. Lorsqu’un citoyen jette son déchet dans une poubelle parce qu’il comprend que ce geste protège sa santé, celle de ses enfants et l’environnement, son comportement devient naturel. Il agit par conviction et non sous la contrainte.
C’est précisément cette différence qui détermine le succès d’une politique publique. Le fouet peut imposer le silence. Il peut parfois imposer une discipline momentanée. Mais il ne peut pas, à lui seul, créer une culture de la responsabilité. La conscience citoyenne, elle, survit à l’absence du policier, de l’agent de l’État ou de la sanction. Elle transforme un réflexe individuel en une valeur partagée par toute la société.
Cela ne signifie pas que les sanctions sont inutiles. Toute société a besoin de règles et de mécanismes pour faire respecter l’intérêt général. Cependant, la sanction ne devrait intervenir qu’après un véritable travail d’éducation, de sensibilisation et de mise en place d’infrastructures adaptées. Punir un citoyen qui n’a ni poubelle à proximité, ni service régulier de collecte des déchets, revient à traiter les conséquences sans s’attaquer aux causes du problème.
La lutte contre l’insalubrité exige donc un équilibre. D’un côté, l’État doit investir dans les infrastructures, organiser efficacement la collecte des déchets, multiplier les poubelles publiques et mener des campagnes permanentes de sensibilisation. De l’autre, les citoyens doivent comprendre que la propreté n’est pas seulement une obligation légale, mais aussi un devoir moral envers leur communauté.
Une ville propre ne naît pas de la peur. Elle naît d’une alliance entre un État responsable et des citoyens conscients de leurs responsabilités. Le fouet peut parfois contraindre un geste, mais seule la conscience peut transformer durablement les habitudes.
La véritable victoire contre l’insalubrité ne sera pas celle d’une population qui agit parce qu’elle redoute la sanction. Ce sera celle d’un peuple qui protège son environnement parce qu’il est convaincu que la propreté est une richesse collective, un acte de civisme et une preuve de respect envers les générations présentes et futures.
Don de Dieu Mbavu
Monzia bénédicte stagiaire
