Après plusieurs années de tensions entre une frange de la population de Butembo et la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), un nouveau cadre de dialogue a été lancé dans cette ville commerciale du Nord-Kivu.
Pendant deux jours, du 15 au 16 mai 2026, autorités locales, leaders communautaires, représentants de la société civile, jeunes et femmes leaders se sont réunis autour d’un objectif commun : restaurer la confiance et renforcer la coopération en faveur de la protection des civils.
Organisée par la Section des Affaires civiles de la MONUSCO, cette rencontre s’est tenue dans un contexte sécuritaire toujours préoccupant dans la région de Beni-Butembo, marquée notamment par les violences des groupes armés, la prolifération des armes et une méfiance persistante entre une partie de la population et les acteurs sécuritaires.
Près de 90 participants, issus des mouvements citoyens, des confessions religieuses, des ONG, du secteur privé, des universités ainsi que des groupes vulnérables, ont pris part à ces assises.
Cette initiative constitue la première grande activité de rapprochement organisée à Butembo depuis les manifestations anti-MONUSCO de 2022, lesquelles avaient fortement détérioré les relations entre la Mission onusienne et certains habitants de la ville.
Les échanges ont essentiellement porté sur la nécessité de rétablir un climat de confiance afin de favoriser une meilleure collaboration autour des enjeux de paix, de sécurité et de cohésion sociale. Plusieurs intervenants ont insisté sur l’importance d’un dialogue franc et inclusif pour surmonter les incompréhensions du passé.
Pour Yves-Célestin Kabambi Kananga, responsable de la Synergie des groupes de pression et mouvements citoyens de Butembo, le moment est venu d’ouvrir une nouvelle page. Selon lui, la population et la MONUSCO doivent désormais conjuguer leurs efforts pour soutenir les initiatives de stabilisation dans la région.
De son côté, la MONUSCO a rappelé que cette démarche s’inscrivait dans le cadre de son mandat de protection des civils et d’appui aux initiatives de paix, notamment dans le suivi du cessez-le-feu dans certaines zones du territoire de Lubero, dont Butembo demeure un important carrefour stratégique.
Le vice-gouverneur du Nord-Kivu, le commissaire divisionnaire adjoint Louis-Second Karawa, a appelé les différentes composantes de la société à privilégier l’unité et le sens des responsabilités face aux défis sécuritaires auxquels la province est confrontée. Il a également dénoncé les discours de haine, les manipulations communautaires ainsi que la désinformation, qu’il considère comme des facteurs aggravants des tensions sociales.
Même appel du côté du chef de bureau de la MONUSCO à Beni, Abdourahamane Ganda, qui a exhorté les participants à maintenir un dialogue permanent et à lutter contre les fausses informations susceptibles d’alimenter la méfiance entre les communautés et les institutions.
À l’issue des travaux, plusieurs recommandations ont été formulées. Les participants ont notamment plaidé pour le retour de Radio Okapi dans la région, l’achèvement de certains projets communautaires interrompus, le renforcement des capacités des forces de sécurité ainsi qu’une collaboration accrue entre la population, les autorités locales et la MONUSCO.
Les leaders communautaires présents se sont enfin engagés à poursuivre les échanges avec la Mission onusienne afin de contribuer à la reconstruction progressive de la confiance et à la consolidation de la paix dans cette partie du Nord-Kivu.
Gires Kasongo
