La prise en charge des personnes vulnérables affectées par les conflits armés dans le Nord-Kivu doit rester au cœur des priorités des autorités et de l’ensemble de la communauté. C’est le plaidoyer lancé par Rose Tuombeyane, responsable de la Dynamique des femmes pour la bonne gouvernance (DYFEGOU), une structure basée à Butembo.

Elle s’est exprimée samedi 3 octobre 2026, lors d’une soirée de couronnement des « vaillants patriotes du Nord-Kivu », organisée par la plateforme Pole Kivu. Dans son intervention, elle a insisté sur la situation particulièrement préoccupante des enfants et des femmes ayant été victimes d’enlèvements et d’exploitation par les groupes armés.

Selon Rose Tuombeyane, les enfants de moins de 18 ans constituent l’une des principales catégories de personnes vulnérables nécessitant un accompagnement spécifique. Certains ont été enlevés puis utilisés par les combattants des ADF, notamment dans leurs bastions en brousse, où ils ont été soumis à différentes formes d’exploitation.

La responsable de la DYFEGOU explique que le retour de ces enfants dans leurs familles ne signifie pas pour autant la fin de leurs souffrances. Après une longue période passée au sein des groupes armés, certains développent des comportements violents et rencontrent d’importantes difficultés à retrouver une vie normale.

« Ces enfants arrivent avec déjà des problèmes. Il n’est pas facile de les encadrer, mais nous le faisons quand même. Ils ont toujours des problèmes psychologiques avec un degré très élevé », a-t-elle expliqué.

Cette situation complique également leur réintégration scolaire. Si certains parviennent à reprendre le chemin de l’école, beaucoup d’autres éprouvent des difficultés à s’y adapter ou refusent tout simplement de reprendre leur scolarité.

Pour Rose Tuombeyane, une attention particulière doit donc être accordée à ces enfants afin de leur offrir un accompagnement psychologique, éducatif et social adapté à leur situation.

La deuxième catégorie évoquée concerne les femmes et les jeunes filles victimes d’enlèvements. Elle souligne que plusieurs d’entre elles ont subi des violences sexuelles durant leur période de captivité, notamment dans les zones contrôlées par des groupes armés.

« Elles viennent avec des problèmes », a-t-elle relevé, précisant toutefois que l’accompagnement dont elles bénéficient leur permet progressivement de retrouver une certaine stabilité et de s’engager sur le chemin de la résilience.

Dans ce contexte, la responsable de la DYFEGOU salue l’attention portée à cette question par l’État congolais, notamment à travers le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV).

Elle estime que l’accompagnement sanitaire actuellement amorcé dans le Nord-Kivu constitue une étape importante, tout en appelant à la poursuite des efforts en faveur d’autres formes de réparation et de réinsertion.

Au-delà de l’assistance humanitaire, Rose Tuombeyane considère également les anciens captifs comme des personnes pouvant contribuer aux efforts de sécurisation de la région. Ayant vécu pendant une longue période aux côtés des combattants, certains disposent, selon elle, d’informations susceptibles d’aider les services de sécurité à mieux comprendre le fonctionnement et les mouvements des groupes armés.

Elle invite ainsi les autorités compétentes à mieux exploiter ces informations, tout en garantissant un encadrement approprié aux victimes afin d’éviter leur stigmatisation.

La responsable de la DYFEGOU appelle également les opérateurs économiques et les entrepreneurs à contribuer à la réinsertion socio-économique de ces personnes. L’accès à l’emploi et aux activités génératrices de revenus pourrait, selon elle, leur permettre de retrouver leur autonomie et de tourner progressivement la page des violences vécues.

Rose Tuombeyane prévient enfin que l’abandon de ces personnes vulnérables pourrait constituer un risque pour la société. Pour elle, tant que leurs traumatismes et leurs difficultés économiques ne sont pas suffisamment pris en charge, leur réinsertion restera fragile.

Elle appelle donc à une mobilisation collective impliquant l’État, les organisations de la société civile, les acteurs humanitaires, les services de sécurité et le secteur privé, afin d’offrir à ces victimes les conditions nécessaires pour reconstruire leur vie et contribuer à la paix dans le Nord-Kivu.

Gires Kasongo