Henry Magie wa Lifetu, ancien cadre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), aujourd’hui engagé au sein de l’AFC, critique ouvertement la nouvelle plateforme politique initiée par Joseph Kabila. Dans une tribune au ton sévère, il affirme n’avoir « jamais cru devoir critiquer l’action politique de Joseph Kabila », avant de justifier sa prise de position par les inquiétudes que lui inspire la création du Front pour la refondation de la nation (FRN).

« Le FRN est mal né »

Au cœur de ses reproches figure la vocation nationale que devrait, selon lui, incarner cette nouvelle plateforme. Henry Magie estime que le FRN devait rassembler les Congolais autour d’un projet politique commun, mais déplore une orientation qu’il assimile à « une confédération d’intérêts ethniques et tribaux ». D’où sa conclusion sans détour : « Le FRN est mal né. »

L’ancien cadre du PPRD établit également un parallèle avec les expériences politiques et militaires précédentes en RDC. Rappelant son engagement au sein de l’AFC, qu’il présente comme une démarche visant à corriger les erreurs de l’AFDL, il s’interroge sur les leçons réellement tirées de l’histoire. « AFDL, RCD, CNDP, M23… et aujourd’hui AFC et FRN. Les appellations changent, mais les mêmes contradictions persistent », écrit-il, estimant que les revendications nationales risquent de céder la place aux logiques identitaires. « Nous nous éloignons de l’essentiel, la nation congolaise », déplore-t-il.

Kabila et Tshisekedi face à la question du tribalisme

Henry Magie étend sa critique à la gouvernance politique et à la question du tribalisme, régulièrement évoquée dans les débats concernant le pouvoir de Félix Tshisekedi. Il appelle son propre camp à appliquer les mêmes exigences de transparence et de cohérence que celles opposées à ses adversaires. « Nous avons dénoncé la gouvernance de Tshisekedi, notamment ses pratiques jugées tribalistes. Mais sommes-nous prêts à appliquer à notre propre camp les mêmes exigences de vérité et de transparence ? », questionne-t-il.

Pour étayer son argumentation, il propose de comparer la composition des cabinets de Félix Tshisekedi et de Joseph Kabila, ainsi que leurs équilibres en matière de représentation. « Demandons-nous honnêtement : où se situe réellement le tribalisme ? », lance-t-il. Cette interrogation constitue l’un des axes majeurs de sa tribune, même si aucune donnée comparative détaillée n’est présentée dans les extraits cités pour établir ses conclusions.

Un appel direct à Joseph Kabila

L’ancien cadre du PPRD interpelle personnellement l’ancien président et l’invite à revoir son approche politique. « J’en appelle à Kabila, revoyez votre copie, dans un esprit constructif », écrit-il. Il oppose le parcours intellectuel de Joseph Kabila, auteur d’une thèse consacrée aux problématiques congolaises, à ce qu’il décrit comme son éloignement des réalités du pays lorsqu’il était entouré de ses proches à Kingakati. « Le savoir académique ne garantit pas à lui seul la justesse de l’action politique », souligne-t-il, insistant sur la nécessité de rester à l’écoute des aspirations populaires.

Pour illustrer son propos, Henry Magie compare Joseph Kabila à Louis XV, qu’il décrit comme un souverain isolé à Versailles, entouré de courtisans et incapable de mesurer les tensions annonçant une révolution. Cette analogie historique traduit la sévérité de son jugement sur le fonctionnement du pouvoir et sur le risque, selon lui, de voir un dirigeant perdre le contact avec les réalités sociales et politiques.

Le FRN peut-il encore corriger le tir ?

Malgré ses critiques, Henry Magie wa Lifetu ne considère pas l’échec du FRN comme irréversible. « Les choses n’en sont qu’à leur début. Il est encore temps de corriger le tir », affirme-t-il. Il appelle la plateforme à rompre avec le repli identitaire et les intérêts particuliers pour devenir un véritable cadre de rassemblement national. Sa conception de la refondation repose sur l’inclusivité, la justice et la primauté de l’intérêt général. « Le Congo n’a pas besoin d’une juxtaposition de communautés, mais d’un projet commun », conclut-il.

Cette sortie intervient dans un contexte de recomposition de l’opposition congolaise, marqué par la création du FRN autour de Joseph Kabila et par les débats sur les stratégies politiques face au pouvoir de Félix Tshisekedi. Elle prend également une dimension particulière au regard des déclarations attribuées à Henry Magie sur son intention de se rendre à Kinshasa pour faire face à la justice. Les circonstances exactes de cette démarche restent toutefois à préciser. Sa tribune pose ainsi une question centrale : le FRN parviendra-t-il à dépasser les clivages dénoncés par l’un de ses propres acteurs pour construire un projet politique véritablement national ?

Zéphyrin Amboka Pengume