Les récents propos du coordonnateur du mouvement rebelle AFC/M23, Corneille Nangaa, suscitent de vives réactions sur la scène politique congolaise.

Lors d’une sortie médiatique mercredi 26 novembre, Corneille Nangaa a affirmé que le fédéralisme serait la forme d’État la plus adaptée pour mettre fin à l’insécurité qui ravage l’Est de la RDC depuis plus de 30 ans.

Face à cette déclaration, plusieurs personnalités politiques, y compris celles souvent perçues, à tort ou à raison, comme proches de l’AFC/M23 se sont fermement opposées à cette proposition. Parmi elles, l’ancien vice-Premier ministre José Makila, qui qualifie les propos de Nangaa « d’aberration » ouvrant la voie à la balkanisation redoutée de la RDC.

« J’ai suivi comme beaucoup de compatriotes l’intervention de M. Corneille Nangaa sur les réseaux sociaux. À dire vrai, je peine à avaler cette pilule amère servie au nom d’une prétendue solution politique. Avancer le fédéralisme comme issue à la crise sécuritaire, c’est non seulement une aberration, mais aussi un piège soigneusement tendu pour justifier la balkanisation de la République démocratique du Congo », écrit-il sur son compte X.

José Makila poursuit :

« Sommes-nous censés croire que ce modèle institutionnel importé, proposé dans un contexte de rébellion armée, serait la clé de la paix ? Depuis quand un système imposé par les armes devient-il le socle de la réconciliation nationale ? C’est une erreur historique, à laquelle nous devons nous opposer fermement. D’abord parce que le fédéralisme n’est prévu nulle part dans notre Constitution. Ensuite, parce qu’il constitue une fuite en avant, un vernis légal à une entreprise de fragmentation du territoire. Il s’agit d’un chantage politique, orchestré sous couvert d’un accord signé à Doha entre un gouvernement affaibli et une rébellion qui ne défend plus les intérêts du peuple ».

Pour l’ancien vice-Premier ministre, évoquer le fédéralisme dans le contexte actuel, marqué par des guerres nourries par « la volonté expansionniste de nos voisins », reviendrait à ouvrir grand la porte à la balkanisation.

« Ouvrir aujourd’hui la brèche du fédéralisme, c’est offrir un boulevard aux artisans de la balkanisation. C’est envoyer un message dangereux, celui de travailler pour des puissances obscures aux dépens des intérêts vitaux de la RDC. Je m’y oppose fermement et j’en appelle au réveil de la conscience nationale pour sauver la République. Le Congo n’est pas à vendre », insiste-t-il.

José Makila interpelle également le gouvernement sur les bombardements dans le territoire de Minembwe, qui, selon lui, « tuent des civils comme des mouches ».

« Une armée digne protège sa population, elle ne l’agresse pas. Agir ainsi donne l’impression que le pouvoir se comporte en rebelle contre son propre peuple. Le banditisme d’État doit cesser », martèle-t-il.

Pour José Makila, le retour de la paix dans l’Est passe par l’application stricte de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies.

« Aux parties impliquées dans les discussions de Doha, Washington et à l’Union africaine, je rappelle l’impératif de respecter la résolution 2773. Que la patrie prime sur les calculs de couloir. Quant à M. Nangaa, qu’il cesse de nous prendre pour des naïfs : son discours pseudo-académique n’est qu’un verbiage dangereux visant à donner une apparence intellectuelle à un projet machiavélique. La République est une et elle le restera. Ceux qui cherchent à la diviser en tireront tôt ou tard les conséquences », conclut José Makila Sumanda.

 

Zéphyrin Pengume