La résurgence des attaques attribuées aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri suscite de vives inquiétudes. Pour le Dr Babah Lusungu, cette intensification de la violence s’explique par un enchevêtrement de facteurs sécuritaires et géopolitiques, sur fond de recomposition des forces en présence dans la région.

Selon cet analyste dans la région de Beni, la coopération militaire entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda, marquée par la mutualisation des forces entre les FARDC et l’UPDF, a contribué à repousser les ADF de leurs bastions traditionnels, notamment dans la zone de Mayangose et sur l’axe Kasindi. Cependant, cette pression militaire a eu un effet indirect : les combattants ADF se sont progressivement redéployés vers des zones moins sécurisées, notamment à la frontière entre le Nord-Kivu et l’Ituri, ainsi que dans la région de Mangurejipa, en territoire de Lubero.

«L’espace opérationnel est vaste et les forces engagées ne sont pas suffisantes pour occuper efficacement tout le terrain», souligne-t-il.

Le Dr Babah Lusungu pointe également le rôle jugé ambigu de certains pays voisins dans la gestion de cette crise. Il estime que cette situation complique davantage la lutte contre les groupes armés. Par ailleurs, la pression militaire exercée sur les FARDC, déjà engagées sur plusieurs fronts, notamment face à la rébellion de l’AFC-M23, fragilise la capacité de réponse de l’armée congolaise.

Dans cette configuration, les ADF adopteraient une stratégie de diversion. En multipliant les attaques en Ituri, ils obligeraient les forces loyalistes à se disperser, jouant ainsi, selon ses termes, «le rôle de béquille» pour le M23.

Autre élément clé de cette analyse : l’affiliation des ADF à l’État islamique, qui confère à la menace une dimension transnationale. D’après le Dr Babah Lusungu, cette organisation terroriste viserait à établir un «khalifat» en Afrique de l’Est, après ses revers au Moyen-Orient. Ce projet engloberait plusieurs zones stratégiques, allant de la Somalie à certaines parties de la RDC, en passant par l’Érythrée et le Soudan du Sud.

Dans cette perspective, les ADF constitueraient un relais local essentiel, facilitant le recrutement, le financement et l’implantation de cette idéologie extrémiste dans la région.

Quelles réponses pour endiguer la menace ?

Face à cette situation, le Dr Babah Lusungu préconise une série de mesures à court et moyen terme. Il insiste d’abord sur la nécessité d’une coopération sincère entre les pays de la région, rappelant que les ADF sont à l’origine un groupe étranger. Il dénonce notamment certaines incohérences dans la gestion judiciaire de leurs dirigeants, citant l’exemple d’un chef arrêté en Tanzanie puis transféré en Ouganda, sans être extradé vers la RDC.

Ensuite, il plaide pour un renforcement significatif de la mutualisation des forces entre les FARDC et l’UPDF, tant en effectifs qu’en logistique, afin d’assurer une couverture efficace de l’ensemble des zones à risque.

Enfin, il recommande d’intensifier le recrutement local au sein des forces de défense, afin de mieux sécuriser les territoires affectés et renforcer la résilience face aux incursions des groupes armés.

Gires Kasongo