La riposte contre la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo est loin de répondre à l’ampleur de la crise. Dans une interview accordée au journal français Le Monde, le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et co-découvreur du virus Ebola en 1976, porte un regard particulièrement critique sur la gestion actuelle de l’épidémie. Selon lui, la réponse sanitaire est « lente et inefficace » et peine constamment à suivre la progression du virus.

Pour le virologue congolais, l’une des principales faiblesses se situe au niveau de la coordination nationale. « Il y a un problème interne, au niveau de la coordination nationale de la riposte », affirme-t-il, estimant que les différents acteurs n’ont pas suffisamment travaillé dans un cadre cohérent. « Chacun a voulu montrer qu’il faisait quelque chose sans que les choses aient été réellement organisées », déplore-t-il. Cette désorganisation intervient alors que l’épidémie, officiellement détectée au printemps, pourrait avoir commencé à circuler dès janvier 2026, permettant au virus de s’implanter durablement dans les communautés.

La progression de la maladie illustre l’ampleur du retard accumulé. Selon les données citées par Le Monde, au 7 août, la RDC comptait 4 209 cas confirmés et 1 916 décès. En seulement quelques mois, le virus est passé de trois zones de santé touchées à 53, réparties dans cinq provinces. « C’est une vitesse de propagation sans précédent que nous n’avons jamais vue auparavant », souligne Muyembe. Il rappelle qu’en trois mois, l’épidémie s’est rapprochée des niveaux atteints lors de la grande flambée de 2018-2020, qui avait fait plus de 2 200 morts en près de deux ans.

Le scientifique met également en cause l’affaiblissement des mécanismes de surveillance épidémiologique. Il estime que le démantèlement de l’USAID en 2025 a contribué à fragiliser les dispositifs de veille sanitaire en RDC. À cela s’ajoutent les spécificités de la zone touchée : forte densité de population, déplacements importants, activités minières et surtout insécurité persistante. Selon Muyembe, ces facteurs ont rendu le contrôle de la maladie particulièrement difficile. L’identification tardive du virus a également compliqué la riposte, la souche Bundibugyo étant plus rare et n’ayant pas été détectée immédiatement par les premiers tests qui ciblaient principalement la souche Zaïre.

Sur le terrain, les difficultés ne sont pas uniquement médicales. Malgré la mobilisation de ressources nationales et internationales, des problèmes logistiques, de surveillance et de prise en charge continuent de peser sur les opérations. Des tensions sociales sont également signalées parmi les personnels engagés dans la riposte, notamment autour des paiements et des conditions de travail. Pour Muyembe, la réponse doit davantage s’appuyer sur les structures sanitaires locales et sur les équipes congolaises. Il avait déjà plaidé, en juin, pour une riposte « ancrée » dans les structures locales, estimant que les leçons des précédentes épidémies n’avaient pas été suffisamment tirées.

Face à cette situation, le professeur Muyembe appelle à renforcer la surveillance, le diagnostic rapide, la logistique et surtout l’implication des communautés. Des essais cliniques sont actuellement menés à Bunia et Mongbwalu sur des traitements, notamment des anticorps monoclonaux et des antiviraux, mais leurs résultats nécessiteront encore plusieurs mois. Pour le co-découvreur d’Ebola, l’urgence est désormais de reprendre le contrôle de la chaîne de riposte afin de freiner une épidémie qui, par sa rapidité de propagation, constitue l’une des plus préoccupantes de l’histoire récente de la RDC.

La Rédaction