C’est sans doute le grand absent de l’adresse de Joseph Kabila ce vendredi 9 octobre 2026. Dans une sortie pourtant présentée comme une adresse sur l’état de la Nation, pas un mot sur le Rwanda, pas un mot sur l’agression, pas un mot sur le M23.un silence assourdissant qui interroge et qui fragilise toute la portée de son réquisitoire et susceptible d’être considéré comme complice.

Comment prétendre dresser le tableau d’un « Congo en péril » sans nommer la cause principale du péril à l’Est ?
Depuis plus de trois ans, la position officielle de la RDC, soutenue par les rapports des Nations-Unies, l’Union Africaine, les États-Unis et l’Union Européenne, est claire : le Rwanda agresse la RDC sous couvert du M23.

Ne pas condamner cette agression, c’est :

– Se mettre en conflit avec la cause nationale qui fait aujourd’hui l’unanimité, au-delà des clivages majorité-opposition.
– Donner l’impression de ménager Kigali au moment où Kinshasa a justement fait de la rupture avec Kigali un axe diplomatique.
– Offrir au pouvoir en place l’argument le plus facile pour le discréditer : celui de la complaisance.

Sur ce point, l’ancien Chef de l’État est objectivement passé à côté de la plaque.

En choisissant de concentrer toutes ses flèches sur le régime de Kinshasa – qu’il accuse de « mener une guerre sans volonté de la gagner » et de « collaborer avec les Wazalendo et les FDLR » – Joseph Kabila a fait un choix stratégique risqué.

Il reprend, sans le dire, une partie du narratif de Kigali qui justifie son intervention par la présence des FDLR et par l’existence des Wazalendo.

Sans condamner au préalable et fermement l’agresseur extérieur, cette critique de la gestion interne de la guerre ressemble à une dédouane du Rwanda. C’est une erreur de communication politique. On ne peut pas critiquer le pompier si on refuse de condamner l’incendiaire.

Son argument technique sur l’accord des minerais critiques avec les États-Unis – « l’accord engage l’État et non le régime » – est juridiquement correct. Mais politiquement, il est inaudible s’il n’est pas accompagné d’une défense claire de la souveraineté face à l’agression.

Le peuple congolais attendait d’un ancien Président, ancien Commandant suprême, une parole qui rassemble face à l’ennemi extérieur. Il a eu un réquisitoire qui divise face à l’ennemi intérieur.

Joseph Kabila voulait sans doute se poser en alternative et en recours. En omettant de condamner sans équivoque l’agression rwandaise, il a manqué le coche de l’unité nationale.

On peut être opposant farouche au pouvoir de Kinshasa et être intransigeant contre l’agression de Kigali. Les deux ne sont pas incompatibles, c’est même la condition pour être crédible.

En ne le faisant pas, son adresse donne le sentiment d’un ancien Chef d’État plus préoccupé par la chute du régime que par la survie de la Nation. Et sur ce terrain, il est loin d’attirer la sympathie de la population.

Zéphyrin Amboka Pengume