Monsieur le Président de la République,
Je me permets de vous adresser cette lettre ouverte suite à une affaire profondément choquante qui a récemment circulé dans l’opinion publique : celle d’un médecin, David Balanangayi, ayant exercé des violences et demandé de filmer une femme nue, ensanglantée, qui venait d’accoucher.
Au-delà de l’indignation suscitée par ces images, c’est la réponse judiciaire qui interpelle fortement. Une condamnation à deux mois de prison avec sursis, face à un acte d’une telle gravité, donne le sentiment d’une banalisation de la violence faite aux femmes, y compris dans les moments où elles sont les plus vulnérables.
Accoucher n’est pas un acte anodin.
Dans nos cultures africaines, il s’agit d’un moment sacré : un passage profondément spirituel, entouré de respect et de protection.
La femme qui donne la vie mérite considération, dignité et accompagnement. Ce qui a été observé dans cette affaire dépasse la simple faute professionnelle : c’est une atteinte à l’intégrité physique, à la dignité humaine et à la symbolique même de la vie.
Une sanction aussi légère envoie un message préoccupant, pouvant être perçu comme une tolérance implicite, voire une validation indirecte des comportements violents. C’est ainsi que les logiques de domination et d’injustice se perpétuent, au détriment des femmes…
Plus grave encore, des déclarations publiques du médecin concerné laissent entendre que votre autorité aurait été invoquée pour le rassurer, à travers l’envoi d’un représentant au cachot afin de lui demander de ne pas s’inquiéter. Si de tels faits étaient avérés, ils constitueraient un signal extrêmement préoccupant pour l’État de droit et pour la confiance des citoyens envers les institutions. Comment comprendre qu’un professionnel ayant posé de tels actes puisse se sentir soutenu au plus haut niveau de l’État ?
Par ailleurs, il est impossible d’ignorer le contexte national. La République Démocratique du Congo est régulièrement citée parmi les pays où les femmes et les filles subissent des niveaux extrêmement élevés de violences sexuelles (plus de 35 000 cas de viols d’enfants en 2025, selon l’UNICEF).
Dans ce contexte déjà alarmant, une sanction aussi faible risque d’envoyer un message dangereux : celui que les auteurs de violences peuvent espérer échapper à des conséquences réelles. Trop souvent, les victimes constatent que leurs agresseurs ne restent pas durablement en prison, ce qui renforce le sentiment d’impunité.
Monsieur le Président, il est de votre responsabilité constitutionnelle de garantir la sécurité de tous les citoyens, et en particulier des femmes en situation de vulnérabilité. Les établissements de santé doivent être des lieux de protection, et non des espaces où la violence peut s’exercer en toute impunité relative.
Des mesures fortes doivent être prises pour mettre fin à la chosification de la femme et à toutes les formes de violences qu’elle subit, que ce soit en milieu hospitalier ou dans l’ensemble de la société.
J’attire également votre attention sur un aspect souvent négligé : l’accompagnement des professionnels de santé eux-mêmes. Dans le contexte de la gratuité de la maternité, qui augmente la pression sur les structures et le personnel, il est donc essentiel de mettre en place un suivi psychologique régulier des médecins et du personnel soignant. Prévenir l’épuisement, encadrer les comportements et renforcer l’éthique professionnelle sont des conditions indispensables pour garantir des soins respectueux et humains, d’autant qu’ils ne sont pas réellement «gratuits».
Ainsi, je vous appelle respectueusement à :
- Veiller à ce que justice soit rendue de manière proportionnée à la gravité des faits ;
- Clarifier publiquement les allégations évoquant votre intervention ou celle de votre entourage dans ce dossier ;
- Renforcer les mécanismes de protection des patientes dans les structures de santé;
- Engager des réformes et des contrôles stricts pour prévenir toute forme de violence en milieu médical;
- Mettre en œuvre des politiques publiques fermes pour lutter contre les violences faites aux femmes et contre l’impunité de leurs auteurs ;
- Intégrer un suivi psychologique et éthique du personnel de santé, en particulier dans les services de maternité
- Porter un message clair de tolérance zéro face aux violences faites aux femmes.
La dignité des femmes congolaises ne peut être négociée. Leur sécurité ne peut être relativisée.
Sachez qu’une amputation reste un acte douloureux, même lorsqu’elle sauve du cancer…
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, mes respectueuses salutations.
Mafuta Mukal’Anseb Solange
