Le 17 septembre 2026, sur BFMTV, Éric Zemmour a confirmé qu’il serait candidat et a défendu l’idée de recourir massivement à l’intelligence artificielle et à la robotique pour réduire le recours à la main-d’œuvre immigrée. Interrogé explicitement sur l’idée de « robots à la place des immigrés », il a répondu : « Exactement ». Il a notamment cité les EHPAD, mais aussi les chauffeurs, livreurs, maçons et maraîchers.
Une proposition qui relie deux sujets : immigration et technologie
La nouveauté de cette proposition tient moins à l’idée d’automatiser certaines tâches — phénomène déjà engagé — qu’au lien politique établi par Zemmour entre robotisation et réduction de l’immigration. Dans son raisonnement, si certaines activités actuellement occupées par des travailleurs étrangers peuvent demain être réalisées par des machines, la France pourrait réduire son besoin de main-d’œuvre immigrée. Cette proposition s’inscrit dans une ligne politique plus large de « remigration » et de durcissement des conditions d’accès et de maintien des étrangers en France.
Le raisonnement rencontre toutefois une réalité complexe du marché du travail français. Selon la Dares, les immigrés représentent environ un emploi sur dix et sont particulièrement présents dans des secteurs comme les services aux particuliers, le bâtiment, la restauration, la sécurité et certains métiers de la santé. Une étude de la Dares souligne également que ces métiers sont souvent caractérisés par des conditions de travail difficiles et par des tensions de recrutement.
Le problème de la faisabilité
C’est ici que se situe l’un des principaux enjeux. Un robot capable d’effectuer une tâche répétitive dans une usine n’est pas nécessairement capable de remplacer un aide-soignant, un maçon, un livreur ou un employé d’EHPAD dans toutes les dimensions de son travail. Dans les maisons de retraite, par exemple, certaines tâches peuvent être automatisées ou assistées par des machines, mais l’accompagnement humain, la communication avec les personnes âgées et la prise en charge de situations imprévues restent beaucoup plus difficiles à automatiser.
Les analyses publiques sur l’automatisation soulignent d’ailleurs une distinction importante : un métier peut être techniquement automatisable sans que l’emploi soit effectivement supprimé. Le coût des machines, leur fiabilité, l’organisation du travail, les compétences nécessaires et l’acceptabilité sociale déterminent aussi les choix des entreprises.
Un enjeu économique majeur
La proposition intervient également alors que la France connaît simultanément un chômage en hausse et des difficultés de recrutement dans certains secteurs. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage s’établissait à 8,3 %, tandis que la Dares relevait encore des tensions importantes dans la santé, le bâtiment, la maintenance et certains métiers industriels.
La question posée aux électeurs est donc double : faut-il chercher à réduire le recours à l’immigration en investissant davantage dans l’automatisation, ou faut-il considérer l’immigration comme l’un des moyens de répondre aux besoins de main-d’œuvre dans certains secteurs ? Une politique de robotisation pourrait améliorer la productivité et réduire la pénibilité de certains emplois, mais elle suppose aussi des investissements considérables, des infrastructures, des compétences technologiques et une transformation de la formation professionnelle.
Ce que cette position peut représenter dans le débat électoral
Pour les électeurs français, cette proposition constitue surtout une manière de présenter la question migratoire sous un angle technologique et économique. Elle peut être comprise comme une volonté de réduire la dépendance de certains secteurs à la main-d’œuvre étrangère en misant sur l’innovation. Elle s’adresse donc à la fois aux électeurs préoccupés par l’immigration et à ceux qui voient dans l’IA et la robotique un levier de transformation économique.
Mais elle ouvre également d’autres interrogations : qui bénéficiera des gains de productivité ? Que deviendront les travailleurs dont les tâches seront automatisées ? La France disposera-t-elle suffisamment de compétences pour concevoir, produire et maintenir ces robots ? Et jusqu’où la société acceptera-t-elle de remplacer l’interaction humaine par des machines ?
Une perspective qui dépasse Zemmour
Le débat pourrait donc dépasser la seule question de l’immigration. La robotisation va probablement transformer une partie du marché du travail français, indépendamment de la politique migratoire. La Dares constate déjà que les métiers évoluent et que les tensions de recrutement restent fortes dans plusieurs secteurs.
La véritable question pour la présidentielle de 2027 pourrait ainsi devenir : la technologie doit-elle principalement servir à remplacer une main-d’œuvre devenue indisponible, à réduire la pénibilité du travail ou à accroître la productivité ? La réponse à cette question impliquera des choix différents en matière d’immigration, de formation, de salaires, d’investissement industriel et de politique sociale. La déclaration de Zemmour place précisément ces questions au centre du débat électoral, sans que la faisabilité économique et technologique de son scénario soit aujourd’hui démontrée.
Claude Jovial Wendy
