La situation sécuritaire dans le territoire de Mambasa, en province de l’Ituri, s’est fortement détériorée ces derniers jours, avec l’extension des attaques attribuées aux rebelles des ADF (Forces démocratiques alliées) dans plusieurs chefferies. L’alerte est lancée par la Nouvelle Société civile congolaise (NSCC), qui dénonce une crise sécuritaire et humanitaire préoccupante.
Selon Me Jospin Paluku Mbowа, coordonnateur de cette structure citoyenne à Mambasa, six des sept chefferies que compte le territoire sont désormais touchées par l’activisme des ADF. Il s’agit de Babila Babombi, Babila Bakwanza, Walese Karo, Bombo, Walese Desse et Bandaka. Seule la chefferie de Mambasa, située au chef-lieu du territoire, reste pour l’instant épargnée.
La dernière attaque en date a visé le village Babesua, dans le groupement Bafwabete, chefferie des Bandaka, sur la RN4. Survenue dans la nuit du lundi 16 mars, l’incursion a été particulièrement violente.
D’après la société civile, près de 90 % du village a été incendié. Des civils ont été tués à l’arme blanche, par balles ou calcinés dans leurs habitations. Le bilan provisoire fait état d’une dizaine de morts, tandis que plusieurs personnes auraient été prises en otage. Un camion a également été incendié et le village est aujourd’hui vidé de ses habitants.
Malgré la reprise timide de la circulation sur la RN4 ce mardi, la peur reste palpable. Des corps sans vie jonchent encore le sol, tandis que d’autres seraient ensevelis sous les décombres des maisons incendiées.
Dans la chefferie des Walese Desse, la situation n’est guère plus rassurante. Lundi 16 mars, vers 17 heures, des assaillants ont mené une attaque à Alambi, chef-lieu de la chefferie. Au moins 13 personnes, dont des membres des communautés autochtones pygmées et des agriculteurs bantous, ainsi que le chef de chefferie, père de l’ancien député provincial Enidte Sukari, ont été enlevés. Des biens ont été pillés et des civils contraints de transporter des marchandises volées vers une destination inconnue.
Face à cette insécurité grandissante, d’importants mouvements de population sont signalés. Des habitants des villages Salate, Ebiane, Epulu et d’autres localités fuient vers Mambasa centre et Bandisende. Les activités scolaires et économiques sont paralysées le long de la RN4, notamment à Bandisende, Bayama, Babukeli, Epulu, Ebiane, Salate et Badengaido, jusqu’aux environs de Niania.
La société civile s’inquiète de la mobilité des assaillants, capables de parcourir de longues distances à travers la forêt en un temps réduit. Selon elle, les ADF auraient parcouru près de 82 kilomètres entre Muchacha et Babesua en moins de 48 heures. Des sources évoquent également le survol d’un drone suspect dans la zone, sans intervention efficace des forces de sécurité.
Par ailleurs, une éventuelle collaboration entre les ADF et certains braconniers opérant dans la Réserve de faune à okapis (RFO) est redoutée, notamment dans le cadre d’activités illicites telles que l’exploitation minière et le braconnage.
Face à cette situation jugée «très préoccupante», la Nouvelle Société civile congolaise appelle les autorités de Kinshasa à une réaction urgente. Cette structure citoyenne insiste sur la nécessité d’intensifier les opérations militaires et de renseignement. Elle appelle également la population à la vigilance et à éviter la propagation de rumeurs ou d’informations non vérifiées, soulignant que la menace concerne toutes les communautés sans distinction.
Gires Kasongo
