Quand je décidai d’apprendre ce métier, après 2 ans passés à l’enseignement , j’ai réussi au concours écrit, je devais passer le test oral une semaine plus tard.
Le jour du test, en quittant la maison pour me rendre à l’ISTI, j’ai laissé derrière moi le corps sans vie de mon père, décédé la veille, vers 19 heures, après plus d’une année de lutte contre un cancer du poumon.
C’est entre mes mains qu’il a rendu son dernier souffle. Quelques instants auparavant, il m’avait dit : « Jacques, donne-moi de l’eau. » Je lui en ai donné. Il a bu, puis a aspiré et expiré à trois reprises avant de rendre l’âme.
Ma mère venait tout juste de rentrer du marché, où elle vendait de petits articles pour assurer la survie de toute la famille.
Mon cœur était partagé entre la douleur de pleurer mon cher père, mon *homo*, et la nécessité d’aller passer ce test. D’un côté, le deuil et la douleur de perdre celui qui m’était si cher ; de l’autre, l’espoir de réussir le concours d’admission à l’ISTI.
Nous sommes en 1996. Ce jour-là, la ville était déclarée « ville morte », à l’appel du trio composé d’Okengakoy, de Jacques Matanda et de Martine Nole. *Yabango erataka te !* Il n’y avait donc aucun moyen de transport.
Je suis parti à pied avec mon cousin Jean-Louis Awana. De Kingabwa à l’ISTI, nous devions d’abord passer par Yolo afin d’informer la petite sœur de mon père du décès de son frère. À cette époque, nous n’avions pas de téléphone, en tout cas pas nous autres.
Nous avons marché, le cœur lourd de chagrin. Arrivés à Yolo, nous avons annoncé la triste nouvelle à notre tante, avant de reprendre notre marche jusqu’à l’ISTI.
En expliquant aux autorités académiques l’épreuve que nous traversions, nous espérions être dispensés du test oral, compte tenu de notre deuil. Mais il n’en fut rien.
L’un des membres du jury, le professeur Musoko, nous adressa ses condoléances en ces termes : « Toutes nos condoléances. La faveur que nous pouvons vous accorder, c’est de vous faire passer le test avant tout le monde. »
C’est ainsi que mon cousin et moi avons passé le test oral avant les autres candidats.
Le lendemain, nous avons accompagné mon père à sa dernière demeure. Une semaine plus tard, la liste des candidats retenus fut publiée. Mon cousin et moi y figurions bel et bien.
Ainsi, au moment même où je venais de perdre mon père, la vie me demandait de poursuivre mon chemin. Entre le deuil, la douleur et l’espoir, j’avais fait un pas vers mon avenir, sans savoir encore tout ce que celui-ci me réservait.
Jacques Amboka
