Par Jacques Amboka
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Paulin Mukendi avait pris sa décision : quitter Antenne A. Malgré de multiples négociations, il était resté inflexible. Même lorsque le PDG d’Antenne A, M. Pinhas, lui avait personnellement proposé une augmentation de salaire et une amélioration de ses conditions sociales, Paulin avait refusé de revenir sur sa décision.
S’ensuivit alors une âpre bataille juridique autour de la paternité du concept *Face B*.
Rock Bokabela Bodo, membre de l’équipe de ce magazine, avait alors suggéré à Paulin de consulter Me Kinkela Vinkasi, paix à son âme, afin de prendre en charge cette affaire en qualité d’avocat. Selon Rock, Me Kinkela était spécialisé dans les questions relatives aux droits d’auteur.
Lors de sa rencontre avec Me Kinkela, ce dernier accepta d’accompagner Paulin Mukendi en qualité d’avocat. « J’apprécie la qualité de votre travail, Paulin Mukendi, et je suis disposé à vous accompagner sans frais », lui avait déclaré Maître Kinkela, assis dans son bureau à Limete, dans une rue dont je ne me rappelle plus le nom.
Personnellement, j’admirais beaucoup Maître Kinkela, que j’avais découvert lors de la Conférence nationale souveraine. Il faisait partie du bureau de la CNS, présidé par l’archevêque de Kisangani, Monseigneur Laurent Monsengwo Pasinya. Pour moi, c’était un honneur de lui serrer la main ce jour-là.
Du côté d’Antenne A, l’avocate était Madame Madeleine Kalala, qui deviendra quelque temps plus tard ministre des Droits humains.
Lorsque le PDG d’Antenne A engagea les démarches auprès de la SONECA pour obtenir les documents relatifs à la propriété du concept *Face B*, ses représentants allèrent rencontrer Adios Alemba, président de la SONECA. Celui-ci leur fit comprendre que le concept *Face B* avait bel et bien un auteur, en la personne de Paulin Mukendi.
Dans pareil cas, les avocats des deux parties savent généralement quelle attitude adopter. Ils se rencontrèrent et confrontèrent leurs documents. Cette démarche aboutit finalement au retrait de l’avocate d’Antenne A, qui reconnut que son client ne pouvait poursuivre la procédure faute de preuves, puisque les documents établissant la qualité d’auteur et de concepteur de *Face B* étaient détenus par Paulin Mukendi.
Toutefois, vous en saurez davantage sur l’origine de *Face B* dans l’ouvrage *PISTE DU GÉANT PAULIN MUKENDI*, encore en cours d’écriture.
La bataille juridique remportée, Paulin Mukendi, toujours sous tension, devait désormais avancer vers de nouveaux horizons et oublier l’avenue des Cataractes, siège d’Antenne A, la première chaîne privée de la RDC. Il y avait écrit une partie de son histoire et laissé son empreinte.
Vint alors le moment de tourner le premier numéro de *Face B* après son départ d’Antenne A. Mukendi était un produit qui se vendait particulièrement bien. *Face B* était au sommet de son audience et battait tous les records. Sa diffusion sur n’importe quelle chaîne ne pouvait donc qu’intéresser le patron de celle-ci.
Rapidement, un accord fut trouvé avec Raga TV. Pour ce premier numéro hors d’Antenne A, Paulin avait prévu un invité exceptionnel : Tabu Ley Rochereau, surnommé le « Seigneur Ley ».
Mais alors que la bataille juridique semblait déjà gagnée, tout n’était pas fini, loin s’en faut : Antenne A n’avait pas totalement lâché prise.
Le chargé de missions d’Antenne A, un certain David Zardon, de nationalité israélienne, était à la manœuvre pour faire obstacle à Paulin Mukendi. Il aurait utilisé ses relations avec le directeur de la Halle de la Gombe, Jean-Michel Champault, afin d’empêcher le tournage de l’émission.
Il était environ 10 ou 11 heures lorsque l’équipe récupéra le matériel afin de se rendre sur le lieu du tournage pour procéder à l’installation et aux balances. Bien qu’ayant quitté Antenne A, Paulin avait conservé le même principe de fonctionnement, avec quelques techniciens de la chaîne qui pouvaient également participer à la production, en faisant un peu de « zong-zong », comme disent les Congolais. *Face B* disposait d’une grande équipe et mobilisait d’importants moyens.
Le calendrier de production n’avait pas changé : tournage le mercredi, montage le jeudi et diffusion le vendredi. Ce mercredi-là, lorsque l’équipe technique arriva à la Halle de la Gombe pour installer le matériel et aménager le plateau, le directeur de la Halle, Jean-Michel Champault, qui avait déjà reçu le message de David Zardon, interdit toute installation.
L’équipe en informa aussitôt Paulin Mukendi. Nous avons pris son véhicule, une BMW bleue à deux portes, et avons mis le cap sur la Halle de la Gombe. La pression était visible et Paulin demanda au chauffeur d’accélérer.
Sur le boulevard du 30 Juin, au niveau de la REGIDESO, nous avons failli avoir un accident. Heureusement, le chauffeur était un professionnel qui maîtrisait parfaitement son volant. Le pire fut évité.
« La bataille n’est pas simple. Ces Juifs sont capables de tout », lâcha Paulin.
À notre arrivée à la Halle, le puissant David Zardon était encore sur place. Téléphone à l’oreille, il parlait à haute voix, comme s’il communiquait avec M. Pinhas, le PDG d’Antenne A, ou peut-être avec Ygal, l’un des quatre associés de cette chaîne.
Il était manifestement fier d’avoir réussi son coup. Malgré l’échec enregistré sur la question de la paternité du concept *Face B*, il pouvait au moins se consoler en privant Paulin Mukendi d’un cadre aussi prestigieux que la Halle de la Gombe.
Dès que Paulin descendit du véhicule, les deux hommes eurent une violente altercation, sans ménagement. Le directeur de la Halle de la Gombe prit alors le parti de David Zardon, lequel lui aurait affirmé que Paulin Mukendi tournait ce magazine à la Halle au nom d’Antenne A et qu’ayant quitté cette chaîne, il n’avait plus le droit d’y enregistrer son émission.
En apparence, l’équipe n’avait donc d’autre choix que de remballer le matériel. Paulin devait trouver un autre cadre pour enregistrer son émission.
Mais avant d’ordonner le déplacement du matériel, il passa un coup de fil. La conversation dura deux à trois minutes. Lorsqu’il raccrocha, il lança à son équipe :
« Calmez-vous, nous allons tourner ici. »
Dix minutes plus tard, le directeur de la Halle de la Gombe, qui s’était retiré dans son bureau, revint sur les lieux et annonça à Paulin qu’il pouvait finalement enregistrer son émission.
À qui Paulin avait-il donc téléphoné ? À personne d’autre qu’à Gildas Le Lidec, alors ambassadeur de France en poste à Kinshasa. Le directeur de la Halle de la Gombe, Jean-Michel Champault, aurait alors reçu l’instruction de laisser Paulin tourner son émission.
C’était la douche froide pour David Zardon, qui n’en revenait pas. Il remonta dans son véhicule et repartit.
Nous étions alors aux alentours de 15 ou 16 heures. Paulin devait rentrer à son bureau, situé dans l’enceinte de Cinemax, pour se préparer avant le tournage.
Les tournages de *Face B* commençaient toujours tard, malgré l’installation du matériel effectuée à temps. Ils se terminaient parfois autour de minuit, à telle enseigne qu’un jour, Koffi Olomidé, alors invité de l’émission, avait fait cette remarque à Paulin :
« Paulin, si tu veux m’avoir dans ton émission, il faut venir à Mont-Fleury. Ton émission commence toujours en retard et se termine tard, comme si tu avais des mystiques qui t’imposaient ce rythme », avait lancé Mopao.
Paulin ne manqua pas de répliquer :
« Me déplacer jusqu’à ta résidence pour tourner là-bas, ce ne serait plus *Face B*. »
Vous en saurez davantage dans *PISTE DU GÉANT PAULIN MUKENDI*.
Vers 19 ou 20 heures, nous sommes revenus à la Halle avec Paulin Mukendi, Rock Bokabela, Didier Bosenge et moi. Tout était prêt. Pourtant, à 19 heures, puis à 20 heures et même à 21 heures, Tabu Ley Rochereau, l’invité, ne s’était toujours pas présenté. Plus inquiétant encore, il ne répondait pas au téléphone.
Face à cette situation, Paulin Mukendi et moi sommes partis à sa recherche à l’hôtel InterContinental, où séjournait le Seigneur Ley. Il y était logé en prévision d’un grand spectacle prévu quelques jours plus tard. C’était un véritable retour sur scène pour le patron d’Afrisa International après son retour au pays.
À notre arrivée, nous avons croisé les jeunes du groupe Biso na Biso, un collectif de rappeurs bon chic, bon genre. Ils venaient de sortir un morceau intitulé *On s’en fout* qui, tant bien que mal, commençait à connaître un certain succès.
Avant même de monter voir Tabu Ley, Mukendi me lança :
« Je vais inviter Biso na Biso. Ils nous serviront de plan B au cas où Tabu Ley nous jouerait un mauvais tour. »
Il salua les rappeurs et leur dit :
« Je souhaite vous recevoir aujourd’hui dans *Face B*. »
On pouvait lire la joie sur le visage de ces artistes, mais aussi une certaine appréhension. On ne répond pas à une invitation de *Face B* sans y être pleinement préparé. L’émission était un couteau à double tranchant, et ils le savaient.
Paulin leur dit :
« Accordez-moi dix minutes. Je monte voir Tabu Ley et je reviens vers vous. »
Nous avions fait quelques pas avant de prendre l’ascenseur lorsque Paulin me dit :
« Jacques, il n’est pas prudent de les laisser seuls. Je préfère que tu restes avec eux et que tu les gères jusqu’à mon retour. »
L’idée était bonne. En ma présence, les rappeurs voulurent en savoir davantage sur le déroulement de *Face B*. Je devais donc les rassurer et leur faire comprendre qu’il s’agissait d’une occasion unique qu’ils ne pouvaient pas manquer.
Paulin s’absenta pendant environ 20 à 25 minutes. À son retour, il confirma l’invitation de Biso na Biso. Pour moi, avec Tabu Ley, c’était donc compromis.
C’est dans la voiture qu’il me raconta ce qui s’était passé.
« Je lui ai dit : “Papa, le public est déjà à la Halle, tout est prêt. Il ne manque plus que vous. Ce qui m’inquiète, c’est que vous ne répondiez pas au téléphone.” »
La réponse de Tabu Ley allait alors révéler un élément inattendu.
« Il m’a dit :
“Paulin, mon fils, je ne peux pas te mentir. J’ai reçu une enveloppe pour ne pas répondre à ton invitation. Mais je ne vais pas te décevoir. Je ne peux pas me faire manipuler par ces Blancs. Rentre, je me prépare et je dois être là.” »
Qui avait remis cette enveloppe à Tabu Ley Rochereau pour le dissuader de répondre à l’invitation de Paulin Mukendi ? Le Seigneur Ley a-t-il finalement honoré son engagement et rejoint le plateau de *Face B* ?
Vous en saurez davantage dans *PISTE DU GÉANT : PAULIN MUKENDI*.
