D’une entente cordiale à une rivalité ouverte
Ce qui relevait, au début du premier mandat de Félix Tshisekedi, d’une relation cordiale entre Kinshasa et Kigali s’est progressivement transformé en une rivalité profonde et assumée entre le président congolais et son homologue rwandais. Aujourd’hui, les deux dirigeants se regardent en chiens de faïence, y compris lors des grandes rencontres internationales, où les gestes et attitudes trahissent une méfiance réciproque devenue structurelle.
L’Est de la RDC, cœur du contentieux
À l’origine de cette rupture, la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC. Kinshasa accuse Kigali, preuves à l’appui, de soutenir le mouvement rebelle M23/AFC, actif dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Longtemps niées, ces accusations ont fini par être reconnues de facto par le Rwanda, mettant en lumière un conflit qui s’inscrit dans une dynamique régionale vieille de plus de trois décennies. Face à cette situation, la RDC refuse de baisser les bras et fait de la reconquête des territoires occupés une priorité nationale.
Une diplomatie tous azimuts, entre dialogue et fermeté
Si Félix Tshisekedi se dit disposé à dialoguer avec Paul Kagame, perçu par de nombreux observateurs comme un obstacle majeur à la paix en RDC, il reste tout aussi déterminé à explorer toutes les autres options, y compris militaires, pour rétablir la stabilité. Cette posture rappelle la célèbre maxime du maréchal Mobutu : « Même s’il faut signer des pactes avec le diable, nous le ferons pour l’unité de ce pays. » Dans cette logique, le président congolais multiplie les initiatives diplomatiques et répond à toutes les tribunes susceptibles de lui permettre d’exposer la situation congolaise et de proposer des pistes de solution.
Washington, un tournant symbolique
C’est dans ce contexte que Félix Tshisekedi a pris part à la 74ᵉ édition du National Prayer Breakfast à Washington, un rendez-vous réunissant plusieurs leaders politico-économiques autour des valeurs spirituelles. Ce déplacement lui a permis d’échanger avec des acteurs clés de l’administration américaine, renforçant ainsi le plaidoyer congolais dans un contexte géopolitique sensible.
Mais ce qui est perçu à Kinshasa comme une avancée diplomatique majeure est très mal vécu à Kigali. Les récentes déclarations de Paul Kagame, qualifiant Tshisekedi « d’enfant gâté de la communauté internationale », traduisent un malaise croissant côté rwandais et ressemblent à un aveu d’irritation face à une diplomatie congolaise qui commence à porter ses fruits.
L’attention particulière accordée par le président américain Donald Trump à Félix Tshisekedi lors de cette rencontre — ponctuée par la phrase lourde de sens « Appelez-moi pour quoi que ce soit » — n’a fait qu’accentuer ce contraste, d’autant plus que Paul Kagame n’était pas convié à l’événement.
Dès lors, difficile de nier que Félix Tshisekedi a marqué des points face à Paul Kagame. Longtemps considéré comme un allié stratégique privilégié des États-Unis, le président rwandais fait désormais face à des critiques croissantes, y compris au Congrès américain, où plusieurs sénateurs plaident ouvertement pour des sanctions contre Kigali.
Jacques Amboka
