Les événements survenus ce 12 juin à Kinshasa, marqués par la dispersion violente du sit-in de l’opposition et les images de Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund ensanglantés, relancent une question fondamentale qui traverse le débat politique congolais depuis plusieurs années : l’État de droit promis par le président Félix Tshisekedi est-il une réalité institutionnelle ou demeure-t-il essentiellement un discours politique ?
Depuis son accession au pouvoir, Félix Tshisekedi a fait de l’État de droit l’un des piliers de sa gouvernance.

Cette notion est devenue le slogan central de son action politique, présent dans les discours officiels, les communications gouvernementales et les engagements internationaux de la RDC.

Pourtant, l’État de droit ne se mesure pas aux déclarations. Il se mesure à la manière dont les institutions garantissent les libertés fondamentales, protègent les droits des citoyens et assurent un traitement équitable à tous les acteurs politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

Les scènes observées autour du Palais du Peuple posent donc une question embarrassante pour le régime. Comment concilier la promesse d’un État de droit avec des images de leaders de l’opposition blessés lors d’une manifestation politique ? Comment convaincre l’opinion publique que les libertés sont garanties lorsque les rassemblements politiques se terminent régulièrement par des affrontements avec les forces de l’ordre ?

Le paradoxe est d’autant plus frappant que le pouvoir actuel s’est longtemps présenté comme une victime des pratiques autoritaires des régimes précédents.

L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) a bâti son identité politique sur la lutte pour les libertés publiques, le multipartisme et la résistance face à la répression. Aujourd’hui, une partie de l’opinion s’interroge : le pouvoir a-t-il réellement rompu avec les anciennes méthodes ou assiste-t-on simplement à un changement d’acteurs dans un système qui peine à évoluer ?
Pour les partisans du régime, la réponse est claire. Ils soutiennent que l’État a le devoir de faire respecter l’ordre public et les décisions administratives. Selon cette lecture, une manifestation organisée en violation des restrictions imposées par les autorités expose ses organisateurs à une intervention des forces de sécurité. L’action policière serait alors une application normale de la loi et non une remise en cause de l’État de droit.

Cependant, pour l’opposition et de nombreux observateurs, l’État de droit ne peut pas être invoqué uniquement lorsqu’il s’agit de faire respecter l’autorité de l’État. Il doit également garantir l’exercice effectif des libertés constitutionnelles, notamment la liberté de réunion, la liberté d’expression et le droit à l’activité politique. Lorsque ces libertés semblent systématiquement limitées ou soumises à des contraintes excessives, le doute s’installe sur la sincérité du projet démocratique.

Le véritable enjeu dépasse d’ailleurs les personnes de Fayulu ou de Kabund. Il concerne la crédibilité même des institutions. Un État de droit ne se proclame pas ; il se démontre. Il se démontre lorsque les opposants peuvent manifester sans craindre la violence. Il se démontre lorsque les forces de sécurité agissent avec proportionnalité. Il se démontre lorsque les décisions administratives ne sont pas perçues comme des instruments de restriction politique.

À deux ans de prochaines grandes échéances politiques, le régime Tshisekedi est confronté à un test majeur. Soit il transforme réellement l’État de droit en pratique quotidienne, soit il risque de voir ce concept perdre sa force et devenir un simple slogan politique. Car lorsqu’un peuple commence à douter de la réalité des principes proclamés par ses dirigeants, c’est la confiance dans l’ensemble du système démocratique qui s’érode.

Les images de Kinshasa ne sont donc pas seulement celles d’une manifestation dispersée. Elles constituent un miroir tendu au pouvoir. Elles posent une question simple mais redoutable : l’État de droit en RDC est-il devenu une réalité vécue par tous les citoyens ou reste-t-il une promesse encore inachevée ?

Don de Dieu Mbavu