Les témoignages des survivants des violences armées dans l’Est de la République démocratique du Congo ont profondément marqué la cérémonie organisée samedi 15 août à Beni par le Collectif des victimes de l’agression rwandaise, CVAR-ONGDH. Cette activité, dédiée à la mémoire des victimes des massacres et autres exactions attribués aux ADF-MTM et aux rebelles de l’AFC-M23, a également permis aux rescapés de raconter publiquement les épreuves qu’ils traversent depuis plusieurs années.
Face aux participants, plusieurs victimes ont livré des témoignages poignants, décrivant les pertes humaines, les blessures physiques et psychologiques, les déplacements forcés ainsi que les difficultés d’accès aux soins et à l’assistance.
Parmi les survivants présents, **Kambale Mupika** a raconté avoir perdu une jambe lors d’une embuscade attribuée aux ADF sur la route Beni-Kasindi, il y a environ cinq ans. Malgré plusieurs démarches auprès de différents établissements hospitaliers pour obtenir des soins, il affirme que son état de santé demeure préoccupant.
« J’ai perdu ma jambe lors de l’embuscade des ADF sur la route Beni-Kasindi, il y a déjà cinq ans. J’ai sillonné plusieurs hôpitaux pour recevoir des soins, mais en vain. Je souffre encore et j’ai besoin d’une prothèse pour soutenir ma jambe », a-t-il témoigné.
Kambale Mupika en appelle également aux autorités congolaises pour poursuivre les efforts en faveur de la paix et améliorer les conditions de vie des victimes. Il sollicite notamment l’intervention du gouvernement et du Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, FONAREV.
« Je demande au chef de l’État de poursuivre les efforts de paix afin de nous permettre de vivre paisiblement. Que le gouvernement et le FONAREV nous viennent en aide pour les soins, car nous sommes plusieurs victimes qui n’ont pas accès aux soins de santé », a-t-il ajouté.
Une autre survivante, une femme déplacée de Sake vers Masisi, a livré un témoignage marqué par de nombreuses pertes familiales. Elle affirme avoir perdu six membres de sa famille à la suite des violences.
Selon son récit, il y a environ deux mois, ses deux fils, Ahamadi, âgé de 20 ans, et Benjamin, âgé de 17 ans, auraient été emmenés de force par des combattants qu’elle attribue aux **RDF/AFC-M23**. Depuis leur disparition, elle dit n’avoir reçu aucune nouvelle de ses enfants.
« Mes deux fils, Ahamadi, 20 ans, et Benjamin, 17 ans, ont été pris de force. Ils sont portés disparus et je n’ai aucune nouvelle d’eux », a-t-elle témoigné, visiblement affectée.
La survivante affirme également que deux autres de ses enfants souffrent de graves troubles psychologiques à la suite, selon elle, des tortures qu’ils auraient subies.
Dépourvue de moyens et confrontée à une situation qu’elle juge insupportable, cette mère demande au président de la République et à son gouvernement de venir en aide aux familles victimes des violences.
« Je n’ai aucun autre mot que de demander au président de la République et à son gouvernement de nous venir en aide. Je suis dans la détresse et dépassée par la souffrance », a-t-elle déclaré.
Le troisième témoignage est celui de Bisengo Basikari Josué, président de l’Association des victimes pour la défense de leurs droits et leur promotion, AUDP Ngadi. Victime des violences attribuées aux ADF dans le quartier Ngadi, en ville de Beni, il raconte avoir perdu plusieurs membres de sa famille.
Il explique que son petit frère a été tué alors qu’ils se trouvaient ensemble dans leur champ. Lui-même a réussi à échapper à l’attaque. Deux jours plus tard, d’autres membres de sa famille auraient été tués et leurs corps auraient été calcinés dans leur maison.
« Je suis victime des ADF ici à Ngadi. Mon petit frère a été tué dans mon champ. Nous étions ensemble et j’ai réussi à m’échapper. Deux jours après, d’autres membres de ma famille ont été calcinés dans leur maison, toujours par les ADF », a-t-il relaté.
Cette tragédie l’a laissé pratiquement seul pour prendre en charge les enfants devenus orphelins. Sans ressources suffisantes, il dit éprouver d’énormes difficultés à subvenir à leurs besoins.
À travers son témoignage, Bisengo Basikari Josué appelle à une prise en charge effective des victimes et à des actions concrètes pour empêcher que de telles violences ne se reproduisent.
« Je suis resté presque seul dans ma famille. C’est moi qui garde tous ces enfants orphelins et je suis aussi sans moyens. Nous demandons que nous soyons réparés et que cette tragédie ne se répète jamais », a-t-il plaidé.
À travers ces différents récits, les survivants ont ainsi rappelé que, derrière les statistiques sur les violences dans l’Est de la RDC, se trouvent des familles brisées, des personnes handicapées, des enfants traumatisés, des disparus et des communautés déplacées. Ils demandent non seulement la fin des violences, mais aussi une véritable prise en charge des victimes, l’accès aux soins, la réparation des préjudices subis et la justice.
Gires Kasongo
