Le week-end dernier a été marqué par une manifestation de l’opposition regroupée au sein du C64, une plateforme réunissant plusieurs leaders de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi et Delly Sesanga, pour ne citer que ceux-là. Le C64 avait appelé à un sit-in devant le Palais du Peuple et a maintenu son mot d’ordre malgré l’appel des autorités provinciales à délocaliser la manifestation.

Dans une interview exclusive accordée à RT en Français et à 24 News Agency, Steeve Mbikayi, député national et cadre de l’Union sacrée, la famille politique du Chef de l’État, a réagi à cette manifestation ainsi qu’à la question du changement de la Constitution. Selon lui, cette réforme constitue une voie vers une meilleure gouvernance. Il qualifie par ailleurs la Constitution de 2006 de «Constitution de transition».

24 News Agency : L’opposition a manifesté ce vendredi 12 juin lors d’une mobilisation qui a dégénéré. Quelle lecture en faites-vous ?

Steeve Mbikayi : Le sit-in organisé aujourd’hui nous a révélé que le C64 est une opposition fantôme qui n’a pas de peuple derrière elle. Dans une ville de plus de 15 millions d’habitants, mobiliser à peine 300 personnes démontre qu’en face de la majorité, il n’y a pratiquement rien.
Ils ont simplement voulu créer du buzz pour attirer l’attention des policiers, d’autant plus que certains militants étaient munis de machettes pour provoquer des incidents. Ils ont voulu fabriquer un événement à vendre à la presse internationale. Sinon, dans les faits, ce sit-in est un fiasco total. Cela signifie que le boulevard du changement de la Constitution est aujourd’hui largement ouvert pour nous, car nous estimons que c’est également l’aspiration de notre peuple.

24 News Agency : Pourquoi vouloir changer la Constitution qui a pourtant permis la mise en place des institutions actuelles ?

Steeve Mbikayi : Évidemment, cette Constitution nous a permis de mettre en place les institutions actuelles. Cependant, elle a toutes les allures d’une Constitution de transition, issue du dialogue entre belligérants. Elle a été rédigée par des constituants primaires sans mandat électif, soumise au référendum puis promulguée par un chef de l’État qui n’était pas issu d’une élection au suffrage universel.

Aujourd’hui, nous disposons d’institutions légitimement élues. Nous sommes donc en droit de rédiger une Constitution par des représentants investis du mandat du peuple, laquelle sera soumise au référendum avant d’être promulguée par un président élu.

Le deuxième aspect concerne la gouvernance. La Constitution de 2006 a créé des institutions que je qualifie de budgétivores. Nous sommes dans un pays en crise et nous avons 27 parlements provinciaux, 27 gouvernements provinciaux, ainsi qu’un Sénat qui, à certains égards, fait doublon avec l’Assemblée nationale. Ce sont, à mon avis, des dépenses inutiles.

L’argent qui devrait être affecté au social de la population est gaspillé dans ces institutions. En voulant, par exemple, supprimer les assemblées provinciales, nous nous heurtons à l’article 220 de la Constitution qui fixe certaines compétences des provinces. Pour ne pas violer cette Constitution, nous pensons qu’il faut en élaborer une nouvelle, adaptée au contexte actuel.

24 News Agency : Changer la Constitution dans ce contexte sécuritaire tendu, alors qu’une partie de l’Est du pays est sous le contrôle du M23/AFC soutenu par le Rwanda, ne présente-t-il pas le risque de voir ces groupes brandir la carte de l’autodétermination ?

Steeve Mbikayi : L’occupation étrangère ne va pas nous empêcher de réfléchir. Jusqu’à ce jour, aucune date n’a été avancée pour l’organisation du référendum ni pour la mise en place d’une nouvelle Constitution à soumettre au peuple. Nous devons d’abord disposer d’une loi sur le référendum et tenir compte du contexte.

D’ailleurs, concernant cette occupation rwandaise, j’ai la ferme conviction que cette année nous tournerons cette page. Les troupes d’occupation doivent partir. J’ai confiance dans le combat que mène le Chef de l’État pour bouter le Rwanda et ses supplétifs hors du territoire national. Cela ne nous empêche donc pas de nous préparer afin que, lorsque les conditions seront réunies, nous puissions consulter le peuple.

24 News Agency : On se du combat mené autrefois par l’opposition, aujourd’hui au pouvoir, contre toute modification de la Constitution. Qu’est-ce qui justifie ce revirement ?

Steeve Mbikayi : À l’époque, le changement de la Constitution visait à pérenniser un pouvoir issu d’une rébellion. Le pouvoir du président Kabila était un pouvoir issu d’une rébellion. Depuis 1965, le pouvoir avait été confisqué, d’abord à travers le coup d’État de Mobutu, puis avec la rébellion de Kabila.
Aujourd’hui, nous avons un pouvoir issu du peuple, sans passer par l’étranger. Nous sommes donc en droit d’engager des réformes pour assurer une meilleure gouvernance du pays.

Propos recueillis par Jacques Amboka