En République démocratique du Congo, les masques sont finalement tombés. Si, jusqu’ici, les débats se déroulaient encore dans les coulisses, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a enfin décidé de sortir de l’ombre en prenant officiellement position en faveur de la modification de la constitution congolaise.

Il y a peu, lorsque Jacquemin Shabani, ministre congolais de l’Intérieur, a autorisé une organisation à afficher des banderoles proposant cette modification, l’opinion a interprété la décision comme un simple jeu démocratique qui n’irait jamais loin, jusqu’à ce qu’Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, décide de jeter le pavé dans la mare.

Un terrain glissant

À peine quelques mois avant les élections générales de décembre 2023, des partisans de Tshisekedi commençaient à être soupçonnés d’être à la manœuvre pour faire sauter des articles verrouillés afin de maintenir au pouvoir le successeur de Kabila ou, surtout, de prolonger son mandat à 7 ans.

Aussi, en mai dernier, dans une interview à la presse, le chef de l’État affirmait que la loi fondamentale congolaise méritait d’être adaptée au contexte actuel du pays. À visage découvert, le dirigeant congolais se déclarait alors partisan d’une nouvelle constitution.

Dans cet ordre d’idées, le parti au pouvoir vient officiellement de lancer une campagne pour que la constitution soit retouchée, notamment en ce qui concerne les articles problématiques. Bien que cette démarche soit démocratique et constitutionnellement acceptable, elle semble aussi hâtive que risquée.

En effet, Félix Tshisekedi n’est encore qu’aux premiers mois de son second quinquennat. Au regard du discours-programme de sa campagne électorale de décembre, le chef de l’État a encore du pain sur la planche pour convaincre les Congolais en matière de social, de sécurité, de développement, etc.

Se lancer dans une vaste campagne de modification de la constitution paraît ainsi moins indiqué, inopportun et surtout contre-productif face à des citoyens qui espèrent voir la baisse du taux du dollar, le retour de la paix dans l’est, et l’amélioration de leurs conditions de vie.

L’initiative est en même temps risquée, comme en témoignent les dernières années de pouvoir de Joseph Kabila. On se souvient qu’entre 2015 et 2016, des manifestations sanglantes avaient fait des morts dans le pays pour contraindre l’ex-président à lâcher prise alors que ses partisans l’encourageaient à s’accrocher au pouvoir.

Au regard du contexte politique déjà tendu, on craint que la RDC ne replonge dans l’incertitude qui a marqué la fin du règne de Kabila.

Risque d’embrasement

C’est sur un terrain glissant que l’UDPS a décidé de s’engager. D’ailleurs, depuis que les plaidoyers pour la modification de la constitution ont refait surface, le débat enfle sur les réseaux sociaux.

Des partis d’opposition et des organisations de la société civile se montrent impitoyables et profèrent des menaces contre le régime.

« Modifier la constitution dans ce contexte, c’est déclarer la guerre au peuple souverain. Félix Tshisekedi risque fort l’exil », soutient Prince Epenge, proche de Fayulu.

Et à Olivier Kamitatu de marteler :

« Ce n’est pas le moment de changer la constitution, mais de produire des résultats concrets en faveur de la population. Personne n’est dupe de la supercherie », a écrit le Katumbiste.

De nombreuses autres voix anti-modifications s’élèvent dans le pays, présageant un risque d’embrasement au cas où l’UDPS s’obstinerait à mener sa démarche plus loin.

Jean Ngaviro