L’archevêque Ejiba Yamapia, président de l’Église de réveil du Congo, a officiellement relancé, mercredi 13 mai, le débat sur l’avenir constitutionnel de la République démocratique du Congo. Au cours d’une conférence de presse tenue à Kinshasa, le responsable religieux a plaidé pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution, estimant que le contexte actuel impose une profonde refondation des institutions nationales afin de répondre aux défis politiques, sécuritaires et socio-économiques du pays.
Dans son intervention, l’archevêque a soutenu que la réforme constitutionnelle ne devait pas rester l’apanage des acteurs politiques ou des experts juridiques. Selon lui, le processus doit être ouvert à toutes les composantes de la nation afin de permettre au peuple congolais de participer activement à la définition des nouvelles orientations institutionnelles du pays. Il a ainsi appelé à un dialogue national inclusif fondé sur la concertation et le consensus républicain.
Pour appuyer son plaidoyer, Ejiba Yamapia a révélé les résultats d’un sondage mené par le forum des intellectuels de son Église dans plusieurs grandes villes de la RDC. D’après cette enquête, près de 80 % des personnes consultées se seraient prononcées en faveur d’un changement complet de la Constitution, tandis que 20 % privilégieraient une simple révision constitutionnelle. Toutefois, aucune donnée détaillée relative à la méthodologie, à l’échantillonnage ou aux critères scientifiques utilisés n’a été rendue publique.
Dans la foulée, le prélat a annoncé la création prochaine d’une structure baptisée «Coalition citoyenne pour la nation». Cette plateforme aura pour mission de mobiliser les citoyens autour de la réforme constitutionnelle et d’organiser, durant six mois, des consultations populaires à travers le pays. L’objectif affiché est de recueillir les attentes de la population, de formuler des propositions concrètes de réforme et de dégager un consensus national sur le futur cadre institutionnel de la République.
S’adressant à différentes couches sociales et politiques, l’archevêque a exhorté la classe politique à privilégier l’intérêt supérieur de la nation à travers un esprit de dialogue et de responsabilité. Il a également invité la société civile à jouer pleinement son rôle de sentinelle démocratique, tandis qu’il a appelé le peuple congolais à se réapproprier le débat constitutionnel dans un élan patriotique et citoyen.
Selon Ejiba Yamapia, l’actuelle Constitution, héritée du processus politique ayant suivi l’Accord de Sun City, aurait été conçue davantage pour satisfaire des équilibres entre anciennes factions politiques et militaires que pour bâtir un véritable État de droit. Plus de vingt ans après son adoption, estime-t-il, cette loi fondamentale montrerait aujourd’hui ses limites face aux enjeux sécuritaires, à la crise de gouvernance, au fonctionnement des institutions et aux aspirations profondes de la population congolaise.
Sur le plan économique, le chef religieux propose notamment d’inscrire dans la future Constitution l’obligation de transformer localement les ressources naturelles avant leur exportation, afin de favoriser la création d’emplois et la valorisation de l’économie nationale. Il préconise également la protection constitutionnelle des budgets consacrés à la gratuité de l’enseignement et aux soins de santé, considérés comme des secteurs stratégiques pour le développement humain et social du pays.
Abordant la question de la souveraineté nationale, Ejiba Yamapia a recommandé que les plus hautes fonctions de l’État notamment la présidence de la République, la primature ainsi que les ministères régaliens soient exclusivement réservées aux Congolais nés de père et de mère congolais. Une proposition qui pourrait susciter de vifs débats au sein de la classe politique et de l’opinion publique, en raison des implications juridiques et politiques qu’elle soulève.
Cette sortie médiatique intervient dans un climat politique marqué par des tensions persistantes et des appels de plus en plus insistants en faveur de réformes institutionnelles profondes en République démocratique du Congo. En relançant la question constitutionnelle, l’archevêque Ejiba Yamapia remet au centre du débat national la problématique de la gouvernance, de la souveraineté et de la stabilité des institutions congolaises.
Don de Dieu Mbavu
