La République démocratique du Congo a annoncé, à l’issue de la 14e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) tenue à Yaoundé, avoir souscrit à un accord international visant à encadrer les subventions à la pêche.
L’objectif est de freiner la pêche illégale et préserver des ressources halieutiques mises à mal par des pratiques industrielles non durables, notamment en eaux internationales.
Adopté en marge des travaux sur les zones économiques spéciales (ZES), le texte conclu à Yaoundé cible principalement les subventions publiques qui soutiennent une pêche industrielle intensive et, parfois, illégale en haute mer. Selon Julien Paluku, ministre du Commerce extérieur de la RDC:
«A l’échelle mondiale, il a été constaté que les ressources halieutiques risquent de s’épuiser en raison de la pêche illicite dans les océans. À terme, cette situation pourrait engendrer des pénuries importantes. Cet accord vise donc à interdire aux grandes puissances de pratiquer des activités de pêche illégales dans les eaux internationales, car ces ressources sont essentielles pour l’ensemble de l’humanité. »
Un texte d’autant plus signifiant que la RDC, bien que n’étant pas une grande puissance maritime, apporte par son adhésion une caution politique aux efforts multilatéraux visant à rétablir des règles plus strictes en matière d’aides publiques à la flotte.
Des subventions qui déstabilisent les pêcheries
les subventions publiques, explique la littérature internationale sur la pêche, prennent des formes variées notamment les aides à la construction et à la modernisation des navires, soutien au carburant, exonérations fiscales ou aides à l’équipement. Lorsqu’elles réduisent les coûts d’exploitation, elles maintiennent en mer des flottilles qui, sans aide, seraient économiquement non viables, et favorisent une surexploitation des stocks. Les experts confirment qu’elles encouragent aussi la modernisation technique chaluts plus performants, systèmes de localisation et d’attrait des bancs qui accroît la pression sur des ressources déjà fragiles.
De surcroît, ces aides amplifient les asymétries entre flottes industrielles et pêcheries artisanales d’abord dans plusieurs régions côtières du Sud, puis les navires étrangers subventionnés capturent des stocks dont dépendent des populations locales pour leur sécurité alimentaire.
Les signataires de l’accord interviennent après les captures issues de la pêche sauvage plafonnent depuis plusieurs décennies.
La FAO observe que « les volumes annuels de pêche ont oscillé, depuis la fin des années 1980, entre 86 et 94 millions de tonnes. En 2022, la pêche a produit 92,3 millions de tonnes (dont 1,3 million de tonnes d’algues), soit environ 41 % de la production totale de produits de la mer, contre 130,9 millions de tonnes provenant de l’aquaculture la même année (dont 37,8 millions de tonnes d’algues) ». Ces chiffres, issus du rapport annuel de la FAO sur l’état des pêches et de l’aquaculture, montrent une bascule structurelle.
Par ailleurs, la consommation moyenne de produits de la mer par personne a plus que doublé depuis 1961 passant de 9,1 kg à 20,7 kg par an , portée notamment par la forte demande chinoise (environ 36 % de la consommation mondiale).
Si l’interdiction de certaines subventions constitue une avancée, son efficacité dépendra de mécanismes de mise en œuvre robustes qui interrogent trois défis majeurs notamment la transparence où selon le même rapport, il faudra des registres publics et détaillés des aides accordées par les Etats pour éviter les contournements ; surveiller la haute mer exige des capacités de contrôle _satellites, systèmes AIS, inspections portuaires_ et une coordination régionale souvent faible ; la justice sociale : supprimer des aides sans proposer d’alternatives risque d’aggraver la vulnérabilité des travailleurs du secteur.
Les Organisations environnementales et agences Onusiennes ont régulièrement dénoncé la mauvaise gestion des ressources halieutiques, notamment en eaux internationales, où l’absence de règles contraignantes et de contrôles facilite la pêche illicite. Greenpeace et la FAO rassurent que sans réduction des subventions dommageables et sans renforcement des capacités de surveillance, les stocks ne se reconstitueront pas durablement.
Chiffres-clés
- Captures mondiales annuelles de la pêche sauvage : entre 86 et 94 millions de tonnes depuis la fin des années 1980.
- Production de la pêche en 2022 : 92,3 millions de tonnes (dont 1,3 million de tonnes d’algues), soit environ 41 % de la production mondiale de produits de la mer.
- Production de l’aquaculture en 2022 : 130,9 millions de tonnes (dont 37,8 millions de tonnes d’algues).
- Production totale de produits de la mer en 2022 : 223,2 millions de tonnes, près de 90 % destinée à la consommation humaine.
- Consommation moyenne par personne : 9,1 kg par an en 1961, environ 20,7 kg aujourd’hui ; la Chine représente environ 36 % de la consommation mondiale.
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