Une posture de plus en plus controversée

Alors que les violences se poursuivent à un rythme inquiétant dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’Église catholique semble assumer une posture de plus en plus critique à l’égard du pouvoir en place, tout en affichant, selon certains observateurs, une attitude jugée bienveillante envers les rebelles de l’AFC-M23 et le Rwanda.

Cette perception est ravivée par la récente sortie médiatique de Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général et porte-parole de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Dans une tribune publiée ce mercredi 4 février 2026, le journaliste Azarias Mokonzi s’interroge sur les motivations et les conséquences d’une telle orientation, au moment même où certains acteurs politiques envisagent de confier aux prélats les « bons offices » d’un dialogue intercongolais.

« Quel crédit la nation peut-elle accorder à l’Église catholique si elle fait preuve de partialité dans la gestion de la crise sécuritaire ? », s’interroge-t-il.

Le discours de Mgr Nshole en question

Dans son analyse, Azarias Mokonzi revient sur les propos tenus par Mgr Nshole lors d’un entretien accordé à Top Congo FM. Lorsque ce dernier affirme que si les rebelles de l’AFC-M23 tuent, le gouvernement tue également, renvoyant ainsi les deux camps dos à dos, le journaliste y voit une négation implicite du principe du monopole de la violence légitime de l’État, pourtant reconnu par la Charte des Nations Unies.
Pour lui, cette déclaration « dénote une volonté manifeste de diluer la responsabilité de l’AFC-M23 et de légitimer ses actions contre les populations civiles ».

Bien que le prélat affirme que son ton critique ne constitue ni une prise de position politique ni militaire, Mokonzi estime qu’une telle posture risque de disqualifier l’Église comme arbitre crédible dans un éventuel dialogue. « On ne peut prétendre arbitrer un conflit tout en prenant parti », souligne-t-il.

Le Rwanda, l’angle mort du discours ecclésiastique

Le journaliste pointe également une autre incohérence majeure : le traitement réservé par le porte-parole de la CENCO aux récents aveux diplomatiques rwandais concernant leur implication aux côtés de l’AFC-M23. En évoquant l’éventualité d’une manipulation par l’intelligence artificielle pour remettre en cause la véracité de ces déclarations, Mgr Nshole ferait preuve, selon Mokonzi, d’une mauvaise foi manifeste.

« Cette sortie traduit le refus de l’Église de reconnaître la responsabilité du Rwanda, un pays pourtant consulté lors de la tournée de présentation du Pacte social pour la paix. C’est une absurdité : appeler à un dialogue incluant le Rwanda tout en niant son rôle d’agresseur dans une affaire congolaise », dénonce-t-il.

Poursuivant son réquisitoire, Azarias Mokonzi déplore une position qu’il qualifie de non concertée et protectrice de l’agenda rwandais. Il reproche à l’Église son refus de condamner clairement le Rwanda et l’AFC-M23, sous prétexte de préserver les chances d’un dialogue politique.

« Si condamner l’agresseur devient une ligne rouge, l’Église pense-t-elle à la souffrance des victimes ? Cette banalisation de la vie humaine traduit une désacralisation des Écritures qui prêchent l’amour du prochain », s’indigne-t-il.

Gouvernance et souveraineté : deux combats distincts

En conclusion, le journaliste appelle à une distinction nette entre la critique de la gouvernance et la défense de la souveraineté nationale. « Combattons la mauvaise gestion de Tshisekedi, mais restons intransigeants sur la souveraineté de notre pays. Le silence face aux crimes du M23, combiné à la condamnation exclusive du régime, révèle une volonté d’appuyer ceux qui cherchent à occuper nos terres par les armes », conclut-il.

 

Giresse Kasongo