Au guichet de vente de ticket pour la traversée vers Kinshasa. Comme de l’autre côté de la rive, ça s’appelle Beach Ngobila. On doit pour un billet débourser 12. 000 francs Cfa. On atteint 16. 000 Fcfa s’il faut insérer toutes les formalités d’immigration. Robert, avec son badge accroché à la poitrine, dit y travailler depuis des années. Lundi 27 mai 2019. Il est 11 heures passées.

Quand Jean-Jacques, un congolais de Kinshasa s’approche pour acheter son ticket, il est accueilli par cet homme d’une cinquantaine. Comme s’il savait déjà le besoin de ce passager, c’est lui qui lance en premier.

‘’ Le ticket est à 12. 000 Fcfa. On enregistre déjà pour l’embarquement dans quelques minutes’’, dit-il à Jean-Jacques. Les premiers mots de Robert rassure Jean-Jacques qui ne doute pas un seul instant qu’il a à faire à quelqu’un de sincère.

Le passager donne l’argent et les documents nécessaires recommandés. Les formalités d’immigration toute effectuées. ‘’ Voilà, j’ai terminé avec vous monsieur. Le service rendu est gratuit. Cependant, je ne vit que de ça. J’ai une femme et 7 enfants qui sont entièrement sous ma responsabilité. A vous de voir si vous pouvez me donner un petit rien afin de pourvoir tant soit peu aux besoins de la famille’’, dit Robert

‘’ tenez, il ne me reste que 3000 Fcfa. Si ça peut aider, tant mieux’’ lui dit le passager. ‘’ je ne demande pas mieux. Que tout ce qui se donne avec un coeur joie, peu importe la somme’’ rétorque Robert qui profite rapidement pour prendre le contact de ce passager. ‘’ N’hésitez pas de m’appeller la prochaine fois que vous traversez.

 

Une fois le contrôle des documents par les services d’immigrations, la douane, et santé terminé, Jean-Jacques se retrouve avec d’autres passagers dans le canon qui devrait contenir dix passagers si les normes étaient respectées. Ils en étaient à 14.

‘’ Madame, mettez-vous debout s’il vous plaît. Cédez votre place à ce monsieur’’, lance un membre de l’équipage à une dame qui confortablement assise, attendait comme les autres que le reste des passagers prennent part à bord avant de quitter le beach Ngobila-Brazzaville.

‘’ Quoi? moi céder ma place? J’ai payé mon ticket comme tout le monde. ‘’Je ne cède pas ma place’’ , tonne cette dame surchauffée. Le canotier, très habile avec méthodes a pu convaincre la dame lui faisant croire qu’il y avait un déséquilibre et que vu son poids, il était souhaitable qu’elle change de place. Quand elle se leva, il n’y avait plus de place et la dame était obligée de se serrer au milieu d’autres passagers dans des conditions pas confortables.

 

Il est 13 heures passées quand le canon quitta le beach. A la vitesse douteuse, juste quelques minutes après le départ, les passagers se rendèrent compte d’une chose. Ce canon loin d’être rapide, laissait pénétrer de l’eau, ce à l’indifférence total de ces deux équipages. Vraisemblablement, l’équipage est habitué et ne trouve rien de nouveau moins encore d’alarmant dans cette situation.

Cependant,  le temps semble pas propice pour la traversée. En tout cas pas dans une embarcation dont le moteur ne peut se mesurer au courant des vagues qui ralentissent l’avancée de ce petit navire. Ils sont dans le grand et majestueux fleuve Zaïre dont le Maréchal Mobutu se ventait constamment dans ces discours, le fleuve Congo, long de 4700 km.  

Il est le huitième plus long fleuve au monde et le deuxième par son début après l’Amazonie et le premier le plus profond au monde à en croire aux relevés bathymétrique par sonar effectué en 2008. C’est la frontière naturelle qui sépare les deux capitales les plus rapprochées du monde. Kinshasa et Brazzaville.

‘’ Nous en avons encore pour combien de temps?’’ demande un passager à Jean-Jacques qui par son expérience de plusieurs traversée au pays de Sassou Nguesso, ‘’ ça peut nous prendre encore une bonne 15 à 20 minutes’’ lui répond-il.

Alors qu’ils avançaient si difficilement, du coup le moteur du canon s’arrêta. C’est la dame qui avait cédé sa place pendant l’embarcation qui crie au canotier tout en criant au nom de Jésus. Tous les autres passagers s’attaquent non pas aux canotiers, plutôt à la dame qui semble alarmer une situation qui jusque là n’en était pas une.

Le calme observé par les deux canotiers dans un premier temps était rassurant pour les passagers. Les deux canotiers tentèrent sans succès de réparer le moteur alors que le courant d’eau tirait l’embarcation vers la descente. Petit à petit, le canon s’éloigna de la destination beach Ngobila de Kinshasa pour emprunter une direction dont la destination probable n’est autre que Kinsuka, une des chutes qui caractérisent les parties non navigables du fleuve Congo.

Aux dos des passagers de cette embarcation à moteur défectueux, l’on peut apercevoir quelques grandes réalisations du régime Sassou Nguesso. Des infrastructures qui font la beauté de Brazzaville la verte. Le corniche construit en 2016, ou encore la Tour Nabemba, 106 mètres de hauteur construite en 1986 qui fait partie des rares grattes ciels du continent en forme hyperboloïde. Pour beaucoup, c’est le symbole non seulement de la capitale.

En face , les passagers en détresse peuvent néanmoins observer, on ne sait si pour la dernière fois, quelques empreintes laissées par le feu Maréchal Mobutu. La Sozacom ou encore le CCIZ transformé en hôtel dit ‘’ Kempinski Fleuve Congo Hotel’’. Les deux formant une interjection dans laquelle plusieurs autres buildings sorties de terre sous le régime Kabila. C’est donc Kinshasa la belle qui aux yeux de ces passagers, s’éloigne au gré des vagues susceptibles d’emporter pères  et mères des familles, jeunes filles et garçons qui après avoir imposé le silence à cette dame au sang et tempérament chaud qui ne pouvait pas hésité à découdre avec l’équipage, sont tous trempé dans un silence épais à la manière des passagers d’un avion pendant le décollage.

Pendant le moment de détresse, deux ou trois vrais canon réellement rapide prennent la direction de Kinshasa. S’ils ont mi assez de temps pour atteindre la destination, 6 minutes pouvait-on estimées. Curieusement, les canotiers de l’embarcation qui se dirige vers la chute de Kinsuka ne manifestent aucun intérêt pour signaler la détresse. 

Il est de moment dans la vie où tout le monde peut croire à l’existence d’un Maître suprême ayant le pouvoir sur tout. C’était ce moment où d’aucuns dans le canon crièrent au nom de Jésus, alors que d’autres voulant faire montre de maîtrise de soi, ont prié intérieurement. Après tout, il faut agir.

‘’ Mais il faut appeler les secours’’ crient les passagers aux canotiers. Le capitaine, prend alors son téléphone. Il forme le numéro, lance l’appel. Deux secondes après. ‘’ Désolé, mon téléphone est déchargé’’ s’exclame t-il. Son collègue prend à son tour le téléphone. Appel lancé. Téléphone à oreille. Puis….. ‘’ vraiment, je me rend compte que je n’ai pas de crédit pour appeler’’ dit-il. La panique est dans son comble. Les deux membres d’équipage n’ont pas d’autres canaux pour communiquer avec les deux ports. Une aventure de très mauvais goût qui plonge ainsi les les passagers dans l’incertitude et la peur totale. Du coup, ils se rendèrent compte que ce gilet de sauvetage donné leur donnés lors de l’embarcation ne représente rien face au danger que représente un naufrage sur le Grand Fleuve Congo.

‘’ Bonjour, c’est Jean-Jacques. Vous vous souvenez de moi? vous m’avez aidé à faire les formalités ce matin lors de ma traversée à Brazzaville. C’est un appel de détresse, nous allons chavirer. Notre le moteur de notre canon a coupé.’’ c’est un agent de la DGM que je viens de joindre, dit-il aux autres passagers alors que tous tentaient de communiquer qui avec sa famille ou tout autre personne joignable. ‘’ Voilà un canon crions tous pour demander un secours’’ lance un passager qui le premier à apercevoir un canon d’une vitesse extraordinaire, battant pavillon congolais, en provenance de Brazzaville. Tous se mirent à crier ‘’ au secours, au secours ‘’ Quelques secondes ont suffit pour que ce canon arrive.

‘’ Qu’est ce qui s’est passé? ‘’ demande le canotier secouriste à son collègue. ‘’ Un petit souci, le moteur a lâché’’ répond-il. La colère des passagers est vive d’entendre le canotier évoquer un petit souci qui visiblement pouvait emporter les vies humaines. ‘’ Appeler votre patron, informez-le car nous prenons les passagers et vous devez nous payer’’ dit l’autre. En deux minutes les passagers ont tous prit place à bord de ce canon considéré par tous comme envoyé du ciel.

La situation, laisse se poser tant des questions sur la sécurité des passagers sur la traversée Kinshasa-Brazzaville et non seulement. Quelles mesures de précaution les sociétés de transporteurs qui font des navettes entre les deux pools ont mises en place pour intervenir rapidement en cas de détresse? Quels sont les moyens de communication permanent pouvant permettre de garder contact avec ces canons? Il y a t-il un service chargé d’évaluer techniquement la viabilité de ces transports sur le fleuve? Les normes sont-elles respectées? ‘’ Non, pouvaient répondre les passagers de ce canon, s’il faut se tenir à la situation dans laquelle ils se se sont trouvé. Cette embarcation était tout sauf un canon rapide. Un cercueil flottant. Son nom?????? LUFULAKARI.

 

 

 

By 24news

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